dimanche 9 mars 2008

Un En Saignant à la maternelle (3e station)

L'inspiration de ce billet vient des doutes de Bagoo sur son "orientation pédagogique".



Ce n'est pas de ma faute. C'est la faute de l'U.Q.A.M. Obliger les futurs enseignants à aller faire un tour dans la jungle préscolaire pour plus d'un mois, ça pouvait sembler une bonne idée pour la plupart mais pas pour le principal intéressé. Vraiment pas. Résumé d'un chemin de croix.



Troisième station: En Saignant tombe sous le poids de sa croix



Maintenant, c'était pour de vrai. Plus question de reculer. Ma maître-associée héritait maintenant d'un nouvel élève à temps plein. Finies, les petites saucette par ici et par là. Ma torture devenait maintenant permanente. Ça fait mal? Attendons demain, et l'autre demain...



Dans notre dernière rencontre pré-stage, notre superviseur nous avait demandé à tour de rôle comment s'était déroulé la première journée. Mon tour arriva bien assez rapidement.

-Disons que ça a été tout un choc! lui répondis-je.

-Quelle sorte de choc? avait demandé l'homme devant qui je m'éfondrerais quelques semaines plus tard.

-Un choc comme celui qu'on reçoit assis sur une chaise électrique, je crois bien!



Tout les filles avaient ri, comme il m'arrivait de réussir à l'occasion. Pas lui. Il m'avait regardé et j'ai pu lire dans ses yeux que je commençais avec un B en partant et que ça ne pouvait que descendre.



Donc, assis avec mon manteau de minuscules-culs sur moi dans le cercle des sentiments, je faisais face à l'enseignante qui expliquait dans les plus minuscules détails les ateliers de la journée à SON groupe. Je réfléchissais à mon attitude envers eux et à la façon de me faire accepter dans le groupe sans devenir l'ami. De toute façon, ils me semblaient bien matures pour moi. Lorsque l'enseignante dit:

-Quelle serait la meilleure façon de souhaiter la bienvenue à notre nouvel ami? Quelqu'un a une idée?

Peanut leva la main tout en se léchant la lèvre supérieure remplie de confiture. En la regardant, je savais qu'elle savait que je savais. J'avais compris son petit manège et ses yeux devinrent inquiets.

-Oui, Peanut.

-Lui mettre une robe et du rouge à lèvre? dit-elle.

-Mmmmmhhh, je ne crois pas que ce soit une bonne idée ma chérie. Les hommes ne portent pas de robes, répondit le professeur.

-Mais, Madame, vous savez....

-Oui, je sais mais ce n'est pas le moment d'en parler, ok? la coupa t'elle.



Quoi? À qui fait-on des cachoteries? À moi? Combien de temps pour être dans la gang?



-Quelqu'un d'autre a une idée?



Potelé leva la main, découvrant son nombril au passage.



-Oui, Potelé?

-On pourrait faire un sandwich.



Bonne idée, j'avais faim. Je n'avais pas pu avaler une bouchée ce matin car j'étais trop nerveux. Oui, un bon sandwich aux viandes froides garnie de laitue et de tomates.



-Oui, pourquoi pas? répondit l'enseignante. Vous êtes prêts?



Ils s'accoupirent tous, me fixant de leurs yeux minuscules, comme des chats qui ont aperçu un gros oiseau. Les secondes qui suivirent me parurent tellement longues...



-Allez-y, sandwich! s'écria l'enseignante.



La meute de minuscules-culs, certains sentant bon et d'autres moins bon me sautèrent dessus. Tous les liquides corporels semblèrent m'atterir dessus en même temps. Mais bon, ce n'était pas si désagréable que ça, non? Une façon comme une autre de briser la glace. Pour les faire rire, je me relevai après de multiples efforts, en échappant deux ou trois au passage, dont Potelé qui n'avait pas la force requise dans ses bras pour supporter le poids de son bedon.



Je me mis à marcher, sans rien voir dans la classe, mais entendant clairement le rire de l'enseignante. J'étais en train de me dire que tout irait bien quand soudainement, je sentis quelque chose sur mon bedon. Comme une piqûre au début, mais allant en s'accentuant. La douleur devint en trois secondes insupportables. Mon corps se pencha par en avant d'un coup sec, envoyant quelques bambins voler dans la pièce. Le son que faisaient les petits corps qui tombaient au sol me laissaient présager le pire mais je m'en foutais. Je voulais seulement arrêter de souffrir.



Pendant que l'enseignante était occupée à ramasser et à consoler les victimes de l'effroyable stagiaire des neiges, je levai mon chandail et apperçut une trace de morsure sur ma bédaine, juste à droite du nombril. Je saignais presque. Lorsque je rabaissai mon chandail, je vis qu'il était souillé de... confiture!



Je jetai aussitôt un regard vers Peanut, qui me dévisageait un sourire aux lèvres, en se léchant les babines. Je m'approchai d'elle et lui murmurai, à travers les pleurs des autres enfants:

-Je t'aurai, je connais ton secret, et tu ne m'intimideras pas.



Elle me fixa, sans arrêter de sourire et me dit:

-Bienvenue en enfer.


Bientôt, la quatrième station: En Saignant rencontre sa Très Sainte Mère.

5 commentaires:

Jhon a dit…

Enorme ! Ca peut pas être vrai... J'adore Peanut quand même !

Prof malgré tout a dit…

Jhon : Mais non... Il loin d'être anorexique, mais quand même pas énorme.

Jhon a dit…

Aah, les joies de l'incompréhension outre-atlantique ^.^
Par "énorme" je voulais dire que ce qui est dit dans l'article est "tellement surprenant/hors du commun" que ça en devient incroyable. Pas que Peanut (ou En Saignant ? :D) est énorme :)

En saignant a dit…

Jhon: Il avait compris. Je lui manque et comme bien des hommes, il ne sait pas comment me le dire.

PMT: Je t'aime, tu vois, ce n'est pas si compliqué... On se revoit bientôt, c'est promis.

Gooba a dit…

Continue! Tu me donnes tellement le goût d'aller en maternelle pendant un an! :o)