mercredi 5 mars 2008

Allégorie prétentieuse sur la vie, la mort, le bonheur et le malheur

Il y a bien longtemps, dans un village hors du temps et de l'espace, vivait un homme seul.

Il avait les cheveux noirs et le tein foncé. Il s'habillait toujours de longs habits foncés où la lumière venait s'éteindre. On l'avait surnommé "La Mort".

La Mort avait triste réputation au village. En effet, il semblait toujours être présent lorsque des évènements malheureux se produisaient. Si ça n'avait été que ça, il aurait vécu comme tout le monde mais il y avait plus. Lorsqu'un villageois perdait la vie, il était toujours là à ses côtés, le tenant par la main, une larme coulant sur sa joue. Ses compatriotes finirent par se méfier de lui et personne ne voulut le recevoir chez lui.


Un jour, en revenant de la chasse, il l'apperçut. Elle était vêtue d'une robe fleurie et elle sentait la lavande. Ses cheveux, blonds comme les prés, dansaient sous les airs d'une douce brise. Elle lui sourit. Et pour la première fois, il eut envie d'autre chose que d'assister au dernier soupir d'un paysan. Il la surnomma "La Vie".


Les deux tombèrent follement amoureux et, après quelques semaines de fréquentation seulement, se marièrent. Alors que les hommes du village se mirent en rang pour danser avec la mariée, dans l'espoir d'entendre son rire doux qui savait faire sourire les coeurs de pierre et de roc, aucune femme ne voulait danser avec La Mort. Il se tenait à l'écart, guettant du coin de l'oeil l'aînée du village qui tremblait sur sa chaise. Il s'en approcha à pas feutrés, lui prit la main en esquissant un sourire et lorsqu'elle le vit, elle lança un dernier soupir. Ce fut la fin de la fête.


La Vie tomba enceinte rapidement, plus rapidement que les moeurs le permettaient. Les gens du village commencèrent à répandre la rumeur que le mariage s'était peut-être consommé avant même d'avoir eu lieu. Mais peu à peu, un changement se produisit.


La Mort, trop occupé à rendre La Vie confortable cessa de rendre visite aux vieux du village. On ne le vit plus rôder aux frontières de la route ou près des pics des montagnes. La Mort épargnait tout le monde de sa présence et personne ne s'en ennuyait. On se mit même à le saluer de loin lorsqu'il descendait du bois mais lui se gardait bien de leur rendre leur salut. Il n'avait de pensée que pour sa Vie et le bonheur qu'elle faisait apparaître dans la maison.


Neuf mois passèrent et La Vie donna naissance à deux jumeaux. Deux beaux petits garçons qui s'attachèrent rapidement à leur mère. Dans leurs yeux se voyait toute la bonté du monde. Les gens coururent de partout pour prendre dans leurs bras ces êtres fragiles qui distribuaient généreusement les sourires.

Toute leur attention dirigée vers la beauté exceptionnelle des deux enfants, ils ne s'apperçurent pas de l'état de La Vie, qui suait à grosses gouttes sur son lit, La Mort à ses côtés.

Les semaines passèrent et un bon matin, alors que des femmes avaient ammené les jumeaux au loin, La Vie s'addressa à La Mort de sa voix printannière.

-Prends-moi la main, veux-tu? Je suis fatiguée d'avoir mal.
-Non, je ne veux pas, dit-il d'une voix fatiguée d'avoir passé autant de nuits debout.
-M'aimes-tu? lui demanda t'elle.
-Tu sais très bien que je t'aime. Pourquoi me demandes-tu celà?
-Alors, prends moi la main, que j'habite en toi pour toujours.

Cela ne dura qu'un moment. La Mort tremblait de tous ses membres, des sueurs perlant sur son front, des larmes coulant sur ses joues comme des torrents. Il l'embrassa doucement sur le front alors qu'elle rendait son dernier soupir.

Lorsqu'au village, on apprit la nouvelle, les gens furent outrés. Ils se dirent que ça avait été un erreur de laisser La Vie seule avec La Mort. On rendit rapidement les jumeaux à leur père et on lui ordonna de marcher, sans regarder en arrière, jusqu'aux frontières du village. Et de là, jusqu'aux frontières du pays. Et de là, jusqu'à la mer...

Il partit donc, chacun de ses fils sous les bras. L'un ne faisait que pleurer et quémander toute l'attention de La Mort à tout moment. Il le baptisa "Malheur". Le deuxième était tout discret, un léger sourire accroché au visage qui semblait y habiter en permanence. Il le nomma "Bonheur".

Sur une île où ils avaient trouvé refuge, les deux enfants grandirent et le père vieillit. Sentant la fin approcher, il leur demanda de venir le retrouver dans l'abris précaire qui leur servait de refuge.

-Partez par le premier vol d'oiseau qui survolera cette île, leur demanda t'il.
-Mais pourquoi, Père? demanda Malheur.
-Parce que c'est ainsi. Je dois terminer mon voyage dans ce monde seul, sans personne à mes côtés.
-Je ne comprends pas, dit de à voix basse Bonheur.
-C'est ainsi, c'est tout. On se reverra un jour, le dernier jour...

Ils quittèrent l'île et parcoururent le Monde à la recherche d'un endroit pour eux. Ils entraient parfois dans une maison, durant un dîner ou une soirée. Pendant que Malheur chantait et dansait pour séduire ses hôtes, Bonheur se faisait tout petit dans son coin et personne ne le remarquait. Parfois, une bambine de cinq ans lui demandait de venir jouer avec elle et il s'exécutait mais Malheur, cherchant toujours l'attention, s'assurait de venir y mettre son grain de sel.

Bonheur se tanna vite de ce petit jeu. Il quitta son frère, le persuadant qu'ils trouveraient une demeure plus rapidement séparés. Avec comme seule loi de ne jamais se retrouver ensemble au même endroit. Malheur accepta et partit d'un pas décidé.

Malheur habita trouva refuge dans de nombreuses familles, souvent pour très longtemps. Il s'adaptait très bien à chacune des maisons qu'il visitait et prenait alors toute la place.

Bonheur, de son côté, se risqua dans quelques demeures mais on ne semblait pas le voir. Il quittait alors le regard bas, s'ennuyant de sa mère et de l'amour de ses yeux.

Encore aujourd'hui, ils parcourent le Monde, l'un sonnant trois fois aux maisons pour y entrer et y faire la fête, l'autre cognant tout doucement sans que personne ne l'entende, cherchant encore quelqu'un qui saura ouvrir tout grand les yeux et lui ouvrir tout grands les bras pour le réchauffer et le garder près de lui.

11 commentaires:

Zed Blog a dit…

Il était une fois un homme qui autrefois avait été visité par un parent qui s'appelait Malheur.

Il n'avait eu d'autre choix que de le laisser entrer dans sa maison, ceui-ci s'étant emparé de la clef, cachée sous le tapis de la porte.

Quand le malin lui eut dit qu'il était son frère, l'homme, bon et sensible, lui offrit la meilleure chambre de sa demeure.

Un jour, alors qu'il faisait très chaud, il décida d'ouvrir la fenêtre. Il aperçut une femme blonde et leur regard se rencontra. Il décida d'ouvrir sa porte et c'est ainsi qu'ils firent connaissance.

Il l'invita à venir habiter dans sa maison et ils eurent ensemble deux petits aimaux.

La maison vite devenue trop petite, notre ami se demandait comment il ferait pour mettre son propre frère dehors. Or, l'odeur et les traces de ce dernier imprégnait les murs et les meubles de la maison et jusqu'aux plus petits objets.

Il décida d'installer une véranda virtuelle où le soleil et la chaleur lui permirent d'apercevoir toutes les couleurs de son coeur.

Après avoir bien réfléchi, discuté avec sa compagne adorée, pris en compte les intérêts de son petit zoo, il décida donc simplement de déménager avec son petit monde.

Une villa confortable, malgré quelques fissures, parfois aperçues et ma foi, la rendant plus jolie, aux fondations solides et avec des fenêtres sur tous ses côtés. Il faisait bon d'y voir l'espace, d'entendre le silence, les rires, les paroles.

Et par les nombreuses fenêtres, des regards amis, des sourires, des mains tendues pour tenir la corde à sauter.

Quatre bonheurs vivaient ensemble une histoire d'amour. Quand parfois un nuage apparaissait dans le firmament, ils avaient de bons petits parapluies.

Zed xox

Lise a dit…

Quelle imagination ! Avec un sens du merveilleux qui enchante !

Cette allégorie démontre bien En Saignant, à quel point les gens sont plus réceptifs au malheur qu'au bonheur. Le malheur est violent, brutal, alors que le bonheur, plutôt discret attire moins l'attention.

Il suffit de regarder les nouvelles pour le comprendre. Si une chaîne télévisée se spécialisait dans les bonnes nouvelles, du genre "Monsieur En Saignant, Blondinette, Koala et la Loutre forment une famille très unie", personne n'écouterait bien longtemps...

Zed Blog a dit…

Lise,

Bin, il y aurait moi.
Ça fait une. :)))

Lise a dit…

Zed,

je comprends ce que tu veux dire, mais if faut bien admettre que le malheur attire davantage l'attention, même si les bonnes nouvelles sont plus agréables à entendre, ça c'est certain !

prof en exil a dit…

je me répète, mais quel talent d'Écrivain!
on a presque le goût de raconter ces histoires à nos élèves (en tout cas aux miens de cette année pcq ils sont assez vieux...) mais je suis certaine que la majorité ne pigeraient que dalle! Mais bon, j'ai presqu'envie de tenter l'expérience!
Quelle belle façon de décrire la vie!
xx

En saignant a dit…

Zed: Tu m'as dépassé. Je préfère ton histoire à celle que j'ai écrit. Mais dans le fond, ton histoire, c'est un peu, beaucoup, la mienne...

Tu es la tendresse sur deux pattes.

Lise: Merci beaucoup pour les commentaires. Tu as raison, je crois bien. Les gens préfèrent le malheur la plupart du temps.

Prof en Exil: Merci des beaux compliments. On se revoit bientôt, plus bientôt qu'avant en tout cas. :)

Lise a dit…

Je ne sais pas En Saignant si les gens préfèrent le malheur, mais on dirait que certains se disent qu'il y a pire qu'eux et se sentent ainsi rassurés, d'une certaine manière du moins.

J'écoute les nouvelles trois fois par semaine maximum, uniquement pour ne pas avoir l'air de tomber de la Lune, lorsqu'on me parle de sujet d'actualité.

Il m'arrive souvent de me dire que, si j'avais une baguette magique, je voudrais que tous et chacun soit heureux en permanence, moi la première (égoïsme?), ce qui est utopique.

Certains se tournent vers la religion, en guise de réconfort. Tant mieux si cela les aide. Pour ma part, je suis incapable de concevoir un dieu aimant quand je constate toutes les injustices, les inégalités, et les maladies grotesques qui affligent l'humanité.

Mille excuses, je ne suis pas reposante ce soir...

En saignant a dit…

Je ne suis pas reposé, on est faits pour s'entendre :)

Zed Blog a dit…

En Saignant,

Je constate que tu sais jouer à Celui qui le dit c'est lui qui l'est!

Beaucoup de coquilles : celui-ci; leurs regards se rencontrèrent; imprégnaient; animaux. À ajouter dans ta collection, sur le bord de ta plage personnelle, les coquilles.

Zed xox

¤Enidan¤ a dit…

Magnifique allégorie... Tu as un don rare pour raconter... j'étais suspendue à mon écran...

Je suis sûre que les minuscules-culs de la maternelles t'ont adoré...

Jhon a dit…

@Lise: certains doivent effectivement aimer (inconsciemment ou pas...) voir le malheur chez les autres pour se sentir eux-même mieux, mais je me demande si une partie des gens ne se complait tout simplement pas dans le malheur (rapport à ceux qui ne font rien pour s'en sortir et/ou aiment se plaindre).
Et puis, y'a sûrement un effet de contraste aussi, très bien rendu par notre cher En Saignant: ceux qui sont heureux restent discret et cultivent leur petit bonheur de leur côté, alors que les malheureux se plaignent à tout va. Du coup, c'est bien normal qu'on entende moins parler du bon que du moins bon...

@En Saignant: encore !