vendredi 16 mai 2008

Ce n'est pas passé aux nouvelles

Écrit pour la Journée Internationale contre l'Homophobie, tel que promis à Zed.

Photos prises en 1972, à l'aide d'une caméra Minolta
Premier cliché: Il est là, dans les bras de sa mère. On peut voir son père, les favoris longs comme Elvis, le regard fier et surtout ce sourire. Un sourire qui veut dire: "Je t'aime déjà!"

Deuxième cliché: Dans les bras de grand-papa, un vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale, qui tient un biberon à la main. Et toujours ce même sourire. Par la fenêtre en arrière-plan, on peut voir les derniers morceaux de glace qui descendent le fleuve, sous le soleil de mars.

Premier film maison muet datant de 1975

On le voit en train de courir en culottes courtes à bretelles, sous les yeux attentifs de sa maman. Court à ses côtés son cousin du même âge et l'autre, de deux ans son aîné. Le soleil éclaire la scène d'une telle façon qu'on jurerait qu'il fait plus chaud en regardant ces images. Et surtout son sourire.

Court extrait audio enregistré avec une vieille enregistreuse vers les 1980

-Allez, on chante celle-là! dit une voix féminine.

-O.K., es-tu prête? lui répond-il.

-As-tu les doigts sur Play et Record? lui demande t'elle.

-1.......2.......3........go! crient deux voix à l'unisson.


"Love is in the air
Everywhere I look around
Love is in the air
Every sight and every sound
And I don't know if I'm being foolish
Don't know if I'm being wise
But it's something that I must believe in
And it's there when I look in your eyes"

La dernière note est trop basse pour leurs voix et soudainement, il y a ce rire franc, celui qu'on entend seulement dans ces instants d'éternité entre un frère et une soeur.

Photos prises en 1987, avec le même appareil Minolta

Premier cliché: Il est là, les yeux sombres et la mèche à la Robert Smith devant les yeux, tout de noir vêtu. Un faible rictus accroché aux lèvres, rappellant ses sourires d'antan. Il est dans sa chambre, une pile de livres sur la table de chevet à côté de lui. Il est appuyé sur un mur, assis sur son lit.

Deuxième cliché: Il est avec sa meilleure amie. Elle est appuyée la tête sur son épaule. Ils ont tout les deux un verre à la main. Sûrement prise dans un party, on entend presque la musique en arrière-plan. Son front bien appuyé sur sa joue, elle sourit. Lui a le regard ailleurs.

Extraits de son journal personnel, 19 janvier 1989

"J'aimerais tellement être comme tout le monde. Aujourd'hui, en sortant du Cégep, on m'a encore traité d'ostie de fif. C'est ça, juste un ostie de fif. Fif, fif, fif, fif, c'est tout ce que j'entends. J'aurais mieux fait de rester dans l'ombre. J'assume mais les autres m'assomment. Suceux de graine, enculé, enculeur, gadge à marde, poignet cassé, trou slaque... Je les ai tous entendus. Pis mon père qui ne me regarde même plus. Même nos voyages de pêche sont annulés. Il doit avoir peur que je l'embrasse dans la chaloupe! Faudrait peut-être lui rappeller que son spermatozoïde ne devait pas être tellement viril. Alors, fidèle à ma réputation, je vous encule tous!!!"

Un son, non enregistré, aucun témoin, 1993

BANG!

Pour qu'un jour, le mot "gai" veule encore dire "qui est heureux"...

14 commentaires:

mandoline a dit…

Et on a rien vu passer... On le voyait sans le voir, c'était sur chaque particule de ces images que nous visionnons en famille... Il aurait fallu être attentif, c'était pourtant évident... Il avait de ces manies, le coeur léger, les sentiments si simple à prononcer... Il cherchait une place qu' il ne trouvait nulle part, nous croyions qu' avec le temps... Enfin, vous savez... Et il y avait papi... Il avait fait la guerre vous savez, pas qu'il n'était pas fier de son petit, juste que pour lui un homme se devait de se tenir debout et être un modèle pour les siens. Papi disait qu' un homme ne marche pas à quatres pattes lorsqu' il a le courage qui parcoure sa génétique... Nous aurait fallu regarder ces images vous savez, et cesser de voir celles que nous aurions aimé ajouter au film de notre vie... On les regarde à peine maintenant... C'est devenu trop lourd et on ose y jeter un oeil, quand on est à 4 pattes...

Zed Blog a dit…

Mon ami, tu as le coeur plus grand et plus fort que l'univers. C'est pour cela qu'il fait mal des fois. Toutes ces étoiles qui l'accrochent à toute vitesse.

Aimer les gens pour ce qu'ils sont. Pour ce qu'ils ont de beau, à l'intérieur. Ce qu'ils ont de merveilleux, de splendide, de grand, qui transcende l'apparence corporelle, les différences, quelles qu'elles soient.

La différence, ce n'est pas contagieux. Le questionnement, lui, devrait l'être.

Mais le changement, ça fait souvent peur et tant de gens préfèrent, hélas, se boucher les yeux et le coeur. Voilà pourquoi il y en a d'autres qui meurent. Dans le silence du coup de fusil ou celui de l'étranglement de la corde.

Merci pour ta participation. Ton billet est en lien.

Surtout, merci d'être toi. x x x Zed

mandoline a dit…

http://mandoline.wordpress.com/2008/04/22/a-serait-bien-si/

Un petit écho de par che nous... Oh, avec une thématique différente... Mais je crois qu' il y a matière à combiner des réflexions.. :)

J'ai adoré la facon dont vous avez mené votre texte :)

¤Enidan¤ a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
¤Enidan¤ a dit…

ouf... tu as encore une fois réussi ta mission !! Admirable !! Vrai !!

Je n'ose imaginer la détresse...

Ce billet est vraiment touchant dans la manière de raconter !!

Missmath a dit…

Finies les vacances, vous n'aurez plus droit à la grève, En-saignant, je vous déclare service essentiel

Jhon a dit…

"Il doit avoir peur que je l'embrasse dans la chaloupe!"
Cette peur d'en "faire les frais" est bien réelle chez certains. J'ai été frappé d'entendre que plusieurs gars de ma classe ont peur des homos parce qu'ils pourraient leur sauter dessus. Pourtant, c'est pas parce qu'un gars est homo qu'il va se mettre à enculer tous les mecs de la Terre... C'est surtout ce genre de réaction que je comprend pas et qui m'agace.
Excellent texte En Saignant ! :)

Gooba a dit…

Touché!

Lise a dit…

Ouf ! Assez bouleversant merci ! Et encore plus percutant sous forme de dialogue.

J'avais l'impression d'être tour à tour chacun des personnages. Et les mots cités à la fin rappellent douloureusement à quel point les blessures peuvent être profondes, pour ceux qui les subissent en permanence.

Et j'aime beaucoup ta dernière phrase, avec laquelle je suis en accord total.

En Saignant a dit…

Mandoline: Très beau billet que celui que tu m'as laissé en lien. Heureusement que le blog, lorsqu'on s'y donne sans aucune retenue, nous permet de grandir, non?

Zed: Tes commentaires me touchent toujours autant, Zed. Je ne sais pas si je mérite tout ce que tu écris. Je ne me sens pas aussi grand parfois ou même souvent. Merci. xxx

Enidan: Merci, merci, merci. Que c'est gentil. :)

Missmath: Oh! Là, vraiment, juste à la pensée d'être sous le contrôle du gouvernement sans aucun droit de chiâler!

Sérieusement, un très beau compliment.

Jhon: Ouais, je sais ce dont tu parles. Il y avait un de mes amis de l'époque qui mesurait 6 pieds et 7 et qui pesait 300 livres et qui avait peur de traverser le Parc Lafontaine parce qu'il croyait qu'il allait se faire attaquer par un gang de gais. C'est bien connu, ces gens-là, ils t'attendent dans des coins noirs pour pénétrer ton coin... Anyway.

Merci du commentaire, lecteur d'outre-mer.

Gooba: Je savais qu'un amateur de foot se cachait au plus profond de toi. Tu as hâte à septembre prochain toi aussi, hein? :)

Lise: Merci. Un blogue, ça ne te tente toujours pas? ;)

Lise a dit…

En Saignant,

ma vie n'a rien qui puisse intéresser qui que ce soit, et sur un blogue il faut au moins pouvoir donner un aperçu de qui on est, ce qui pour le moment me fait peur. Je ne suis pas prête à ça, et en plus je ne me sens pas à la hauteur des talents qu'il y a, ici et ailleurs. Mais merci, c'est gentil de le demander. Je voulais cesser de commenter, mais il semble que ce soit impossible. Une fois qu'on a commencé, c'est comme une maladie...

Esperanza a dit…

Vraiment un excellent billet sur un thème pas facile à traiter...

Oui, il faut poursuivre les actions jusqu'à ce que TOUT LE MONDE ait sa place au soleil...

mandoline a dit…

Le mieux serait d'arriver à donner autant, à se rendre vulnérable en dehors de celui-ci, de ne pas craindre l'extérieur et les répercussions sur notre personne comme vous l'avez décrit plus haut... Parfois en société quand on avance d'un pas on a souvent l'impression d' en reculer de deux... Il faut être vachement bien entouré, ou avoir une estime de soi à toute épreuve... Alors oui, derrière le bouclier qui nous sert d'écran, j'crois qu' on grandit beaucoup, j'crois que ca aide même à affronter le monde lorsque vient le temps d'arrêter le courant. J'crois que si on arrive à équilibrer le tout, ca peut nous donner foi en notre prochain, car après tout, personne ne parle plus à personne, tlm voit à ses petites affaires... Quand je me plogue ici, j' ai l'impression que les parcelles de vie qui me plaisent tant ne sont pas éparpillées si loin, j'arrive même à croire certains soirs, qu'y a toute une panoplie de gens qui pensent comme moi et qui changent le monde.. un billet à la fois...

Alain a dit…

Heureux soyez-vous, Hommes et Femmes de cette Terre!

Soyez vous-mêmes authentiques et passionnés

Votre savoir-vivre, votre amour de la vie, sachez les partager

Pour que tous, Hommes et Femmes, ne se terrent…