dimanche 24 février 2008

De quel bois êtes-vous faits?

Comment se fait-il qu'il y ait des coeurs construits pour les autoroutes et les routes remplies de nids de poule et d'autres, seulement à l'aise sur les pistes cyclables? Je regarde mes élèves et m'interroge.

Il y a ceux qui mènent et les autres qui sont menés. Il y a les populaires et les rejetés. Il y a les coeurs de pierre, les coeurs ouverts et les coeurs misère. Naît-on différents ou grandissons-nous différents?

Imaginons-nous un instant qu'en sortant du ventre de notre mère, nous sommes des planches de bois. La génétique a voulu que nous soyons du pin ou de l'érable, peut-être même du chêne mais nous sommes du bois malgré tout.

Aussitôt sortis, nous passons à l'examen et, si il y a trop d'imperfections ou de noeuds, nous passons au planeur, histoire de nous rendre "modelables". Ensuite, plusieurs ébénistes en chef apprendront à nos mères et nos pères comment prendre soin de nous, histoire de nous garder solides jusqu'au projet qui nous sera destiné.

Dès le retour à la maison, certaines planches seront mal nettoyées, d'autres mal entreposées et ce, des années durant. Les bois durs y résisteront alors que les bois mous s'en trouveront abîmés, marqués par la vie. S'il y avait seulement cela.

D'autres planches, moins chanceuses, seront écorchées, recevront un clou ou deux avant même d'avoir eu la chance de devenir quelque chose. Plus vous trouez une planche, moins elle sera solide, c'est bien connu. En effet, qui veut d'un gruyère pour construire une belle armoire? Mais pour des tablettes dans l'établi, cela peut demeurer utile.

Arrive l'école, qui servira a déterminer ce que ces planches deviendront. Certaines, au fil des années, seront dirigées vers des ébénistes qui en feront des coffres au trésor ou des armoires de Pandore. D'autres, vers des menuisiers qui en feront des manches pour les marteaux ou des bâtons de baseball. D'autres, enfin, resteront des planches car c'est leur caractère propre, croit-elles.

Ce n'est pas la valeur marchande qui sera importante mais la solidité de la planche, de toute façon. Du chêne, qu'il devienne une moulure ou une bibliothèque sera aussi solide que les soins qu'on lui a prodigué lorsqu'il était jeune. La vie se chargera bien de venir l'égratigner et le cogner mais si le fond est bon, il résistera.







J'ai un faible pour les meubles Ikea, je l'ai toujours eu. C'est dans des milieux comme dans celui où j'enseigne qu'on trouve les planches qui serviront de contre-plaqué pour les construire. Il est vrai qu'on doit souvent les réparer et les instructions pour les comprendre sont tellement compliquées.

Mais une fois qu'ils se tiennent bien droits, ils autant fière allure que les antiquités. Il suffit juste de ne pas trop les brasser car alors ressort toute leur fragilité.




9 commentaires:

Une Peste! a dit…

Je suis flabergastée!

Quelle belle allégorie!
..Ou est-ce davantage une métaphore filée? Prof Masquée saurait me le dire. Mais peu importe, c'est amené de façon magistrale.

J'aurais aimé avoir pensé et écrit un tel texte.

J'vous fait la bise, vrai prof.

souimi a dit…

Un autre beau cadeau. Que c'est beau! Que c'est vrai!

J'aime beaucoup les meubles IKEA aussi. Pour la simplicité, la beauté des lignes simples, pour leur côté humble. Mais j'aime aussi toutes les vieilleries "écréanchées" qui ornent ma maison car elles ont vécu ailleurs avant. Dons d'êtres chers, elles ont pour moi une réelle valeur. Elles ont une âme. Elles ne portent pas de signature d'un magasin prétentieux, elles ont, ce qu'on considère être des imperfections mais qui sont, selon moi, des marques de l'histoire.

Merci pour cette magnifique création.

En saignant a dit…

Peste: Je sais, j'ai souvent ce sentiment en lisant mes blogs favoris, dont tu fais partie. C'est sûrement pour ça qu'ils sont mes favoris. Merci pour le beau commentaire.

La Souimi: Merci du commentaire. Je le mettrai dans mon armoire avec celui de Peste. Qui a dit que c'était obligé d'être de vrais bonbons là-dedans? :)

Marie-Andrée a dit…

Ce que j'aime chez les antiquités, c'est qu'on peut leur donner un second souffle. Suffit de voir la beauté ou le potentiel là où les autres ne voient qu'une vieillerie tout juste bonne à jeter. Il faut justement en prendre soin et les mettre en valeur.

Très beau texte, comme toujours.

Jhon a dit…

Moi qui suis adepte de ce style de "métaphore", celle-là me plaît beaucoup ! C'est clairement un des meilleurs articles que tu as écrit jusqu'ici...
D'accord aussi avec Souimi: j'aime bien les vieux meubles qui ont vécu ! :)

Prof malgré tout a dit…

L'armoire de Pandore, c'est la boite de Pandore sur les stéroïdes?

Chiant Malgré Tout.





Tu te rends compte que je sacrifie ma réputation de bon gars simple seulement pour amener un peu de diversité dans les commentaires de ton blogue? Putain de consensus...

J'accepte les don en alcool.

Prof malgré tout a dit…

DonS, bordel... donS.

Hey! Faut que je tape "xpcdm" pour laisser un commentaire. C'est presque "XP csdm"! Une preuve de plus du complot anti-Apple de la CS"

En saignant a dit…

Nez Malgré Tout: Je dois dire qu'aucune faute ne te passe en-dessous du NEZ... De toute façon, comment une faute pourrait s'approcher à moins de 100 mètres de toi sans passer sous ton nez. En avion, peut-être?

JHOn: Merci pour le commentaire. Si tu aimes les vieux meubles qui ont du vécu, essaie chez NMT. Il a une appendice dans le visage qui, ma foi, pourrait être convertie en tente de camping.

Marie-Andrée: "Très beau texte, COMME TOUJOURS"? Tu me gâtes un peu trop... Et sais-tu quel est l'effet de trop gâter qqun? Ça rend les autres jaloux et ils laissent des commentaires comme les deux qui précèdent le mien.

Sérieusement, un gros, gros merci. De tels commentaires font toujours du bien.

Prof malgré tout a dit…

Y a pas de quoi!