mardi 15 septembre 2009

J'ai une fée dans ma classe


Elle a un nom que l'on retrouverait dans un film de fées de Walt Disney mais elle n'est pas née au Pays des Rêves mais bien dans un quartier défavorisé du sud-ouest. Au lieu de passer ses journées à répandre de la rosée sur les fleurs, elle essaie du mieux qu'elle peut. À sa vitesse.


Elle porte des lunettes aux montures bleues comme celles que portaient les femmes fatales des films d'avocats des années 80. De grosses montures rondes qui cadrent parfaitement avec son visage rond.


Lorsqu'elle parle, ses yeux se promènent partout comme des girouettes par grands vents. Elle semble chercher les réponses autour de moi, sur les murs, au plafond, dans le visage des autres. Pourtant, elle devrait savoir depuis longtemps que les seules réponses qui se trouvent dans les yeux et les bouches de ses compatriotes de classe sont celles qu'elle ne veut pas entendre.


Vous l'aurez deviné, je vous parle ici de la reject de ma classe.


Il y a des enfants dont on ne s'étonne pas des réactions hostiles qu'ils viennent chercher chez ceux qui les entourent. Car nous, les enseignants, nous sommes humains. Et ils viennent chercher notre dédain aussi. La seule différence avec les enfants, c'est que nous nous en voulons alors. Et nous cherchons plus longtemps la fleur dans le champs de mauvais herbes que des ti-culs de 11 ans.


Je la regarde aller depuis une semaine. Elle n'arrête jamais de travailler mais ne termine jamais rien. Son problème n'est pas la paresse, c'est la vitesse. Elle réfléchit, parle, écrit trop lentement. Pas par perfectionnisme, simplement parce que c'est ce qu'elle est. Et comme une fée qui ne battrait pas assez rapidement des ailes, parfois elle pique du nez. Mais elle se relève tout le temps. Car elle a une tête dure.


Dans quelques semaines, ce sera le cross-country. Une course de 1,7 km sur un terrain accidenté qui donne toujours lieu à quelques incidents un peu bizarres. L'an passé, elle a terminé 7e du volet participation qui réunissait quelques centaines de filles de son âge. Je la soupçonne d'avoir utilisé ses ailes pour en dépasser quelques-unes, toujours à la même vitesse.


Et pendant une journée, le lendemain, elle avait eu droit aux félicitations de tout le monde. Elle était devenue la Fée qui court vite plutôt que la Fée mal-aimée. Une journée après, elle avait retrouvée son titre. Celle qu'on accuse lorsqu'il n'y a personne à accuser et qui nous répond de ses grands yeux roulant dans leurs orbites, cherchant une réponse pour se défendre mais ne trouvant que le silence.


C'est un de nos plus grands défis qui m'est constamment rappelé par mon Ortho Préférée. Aimer. Pour mieux enseigner. Pour mieux faire comprendre les notions. Pour changer des vies. Pour faire battre des ailes de fée plus vite encore. Surtout, pour donner le goût aux autres d'aimer un peu plus, un peu plus longtemps.


On s'en reparle...


15 commentaires:

Mme Prof a dit…

Et parfois, certains enfants n'ont absolument rien qui fasse en sorte que les autres les rejettent... Ils ont le look qu'il faut, les paroles cools, l'intelligence, pas trop beaux ni trop laids... Vraiment rien qui ne les sépare de la masse. Et pourtant!

Drew a dit…

Bien hâte que t'en reparle :-)

J'te raconterai ce que je réserve aux dénigreurs un de ces quatres!

Air fou a dit…

Une chance qu'elle a un prof comme toi et moi aussi j'ai hâte que tu en reparles. C'est une de ces histoires que nous attendrons impatiemment toute l'année.

Zed ¦)

unautreprof a dit…

C'est tellement le pire ça.
Quand je surveille dehors, des fois, on dirait que je ne vois que les élèves rejetés et souvent, en pleine cour, j'en pleurerais.

Ou j'irais les prendre dans mes bras.
C'est pour moi une des plus dures réalités.

Anonyme a dit…

J'ai été une de ces élèves. Une élève malheureusement un peu plus grasse, un peu plus gênée et un peu meilleure à l'école que le reste de la masse. Et ce, dans un quartier défavorisé aussi. Pourtant aujourd'hui je termine une maîtrise,j'ai une vie sociale remplie et un amoureux... Je suis contente de voir qu'il y a des professeurs qui voient des fées dans les enfants comme ça... Même si elles ou ils ont des ailes un peu cassées...

Jade

CAtharsis a dit…

Touchée.

Marielle Potvin a dit…

Quelqu'un a dit un jour que pour enseigner, il faut aimer les élèves et la matière qu'on enseigne. Et DANS CET ORDRE .
On n'enseigne pas une ou des matières. On enseigne à des personnes.
Ils sont bien chanceux, tes p'tits cocos ;-)

Joulie a dit…

Hi, ça, ça vient me chercher... Ça cogite beaucoup dans ma tête depuis le début des classes... des problèmes qui ressurgissent et une envie d'extérioriser le tout. Mais le faire avec diligeance, c'est pas évident!

L'ensaignant a dit…

Mme Prof: moi, c'était la première fois que je voyais une élève simplement "choisie" par le sort. Triste.

Drew: agace!

Air Fou: pas certain que je réussirai des miracles cette fois-ci. Un groupe "soudé" comme celui-ci, ça a de nombreux avantages mais aussi quelques inconvénients. Les faire changer d'idée peut être très difficile.

unautreprof: je crois que ça vient chercher un petit quelque chose chez chacun de nous.

Jade: et ces profs, ils sont très nombreux, tu sais. Et puis, les chenilles, ça ne fait pas des papillons, ça? ;)

CAtharsis: non, pas cette fois. C'est moi qui est touché. On se reparle.

Marielle: encore faudrait-il leur demander... ;)

Joulie: tu sais, les blogues, ça sert un peu, pas mal à ça. Les zones de commentaires aussi! ;)

Prof Malgré Tout a dit…

J'voulais l'aimer ce matin, mais elle était en retard... encore?

La p'tite, c'est une nouvelle. On reste nouveau pendant au minimum une vingtaine de mois dans le milieu.

Je sais. Y a des exceptions comme ton p'tit russe de l'an dernier. Ton jeune qui fait la poule, il est cent fois plus cool que l'an dernier. Pourquoi? Il est l'un des nôtre (des leurs?). L'an dernier, il était encore une recrue.

Anyway, j'n'aurais aucune idée quoi faire à ta place. J'crois pas que les autres soient méchants avec elle. Elle est juste plate.

On ne peut pas dire ça, hein?

Y a une élève dans ma classe qui est plate. Quand elle me parle, je pense à autre chose tellement c'est plate.

De toute façon, j'comprends rien quand elle parle. Si tu trouves le volume, tu me le dis, hein?

Jhon a dit…

Je sens que je vais avoir dur à lire les messages tournant autour d'elle, ça ramène un poil trop de souvenirs qui me mettent en rogne. Mais j'ai comme l'impression que tu va avoir un petit coup de pouce de la chance et un gros coup de pouce de ton intuition pour trouver le petit déclic qui va aider le groupe et la fée a changer, alors je vais lire quand même.

PMT, s'ils sont exclus du groupe "juste" pendant un an parce qu'ils sont nouveaux, c'est pas un "vrai" rejet. Moi même après 6 ans avec les mêmes élèves, ça s'arrangeait pas, et plusieurs années j'ai dû rentrer dans le lard de la forte tête pour avoir la paix... quelques semaines. Si vraiment vos élèves sont "tolérés" après vingt mois, je les envie. Même si ça reste triste pour eux, je dis pas le contraire :)

Bonne chance à elle, et bonne chance pour vous.

La_Minicia a dit…

Une fée, je l'aime déjà! Il y a malheureusement des enfants comme ça... que l'on a beau aimer du plus profond de son coeur mais qui sont malgré eux, malgré nous, rejetés par les autres moineaux. C'est triste la cruauté des enfants, surtout quand le groupe est trop soudé. L'an passé où je travaillais, mes élèves soudés avaient décidé qu'ils n'aimaient pas le "nouveau", je dois dire qu'il était même pour moi parfois difficile à aimer. Un jour, au dîner, ils ont tracé une ligne sur le sol et lui ont dit: Si tu la traverses, tu es mort. Ils n'avaient que 11 et 12 ans, aucun problèmes familiaux et ils ont osé menacé de tuer un élève. J'espère que ta gentille fée saura s'envoler au dessus de tout ça. Bonne chance.

Darky! a dit…

Après quelques visites ici , je suis devenue "accro". J'adore ces portaits plein de tendresse. Qui laissent un sourire sur les lèvres après lecture.
Merci!

unautreprof a dit…

Jhon : C'est relatif. Un rejet reste un rejet.
Un an pour un enfant rejeté, c'est long.

P'tit homme a dit…

J'ai été un de ces élèves. Ça a détruit 10 ans de ma vie directement et depuis 6 ans, ça me pourrit encore la vie...

Sacre que c'est d'la marde!