vendredi 2 octobre 2009

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Il y a quelques mois, quelques années dans ma vie en accéléré, je voulais voir un vagin et j'ai vu un pénis.
Il y a quelques mois, quelques années dans ma vie en accéléré, je voulais une troisième fille et j'ai eu un fils.

L'Héritier est débarqué dans notre vie l'air de dire: "Ne vous en faites pas, je prendrai une toute petite place..." et a agi comme tel. Souriant, discret, avec un pleur qui attire l'empathie tellement il semble nous raconter ses peines plutôt que les crier, même le plus amer des parents aurait craqué. Comme s'il voulait nous convaincre que même s'il n'était pas ce que l'on espérait, il saurait s'insérer dans notre petit zoo.

Et moi, qui aime bien me mettre une tonne de pression sur les épaules, j'ai ressenti une fois de plus la crainte de l'inconnu, la peur d'être un modèle inadéquat pour lui. Comment montrer à un garçon à devenir un homme lorsque nos seules références sont bourrés de clichés cinématographiques?

Il y a quelques semaines, quelques mois dans ma vie en accéléré, il m'a souri.
Il y a quelques semaines, quelques mois dans ma vie en accéléré, il m'a séduit.

Dans son sourire et ses yeux ouverts bien grands se lisent un bonheur sans fin. Un bonheur qui n'a rien à foutre des soucis, des grosses journées, des frustrations et des motons dans la gorge. Quand il est heureux, l'Héritier illumine ma journée par un grand sourire matinal avant que je quitte pour l'école. Et il m'ammène mille questions du même coup qui se battent pour reprendre toute l'espace dans mon cerveau souvent brumeux: quand ai-je perdu cette facilité à rire et à m'émerveiller devant ce qui m'entoure? Quand ai-je laissé les problèmes du quotidien l'emporter sur la beauté qu'il renferme?

Il y a quelques nuits, quelques jours dans ma vie en accéléré, il a pleuré et n'a pas dormi.
Il y a quelques nuits, quelques jours dans ma vie en accéléré, je l'ai accompagné.

L'Héritier, qui dort toujours paisiblement, nous a rappellé que même s'il était un bébé super, il était quand même un bébé cette semaine. Deux nuits, un grand total de 7 heures de sommeil, les journées à traverser comme des triathlons, sans se demander quand on arrive mais rester concentré sur chaque pas, chaque coup de roues et une grande fatigue s'est emparé de nous. Et il est parti à la clinique avec sa maman. Et on l'a envoyé à l'hôpital pour des tests plus approfondis. Et il a été manipulé: ouvre la bouche, regarde les oreilles, passe des radiographies pulmonaires couché sur le côté, le cou immobilisé, pique sur la tête car c'est le seul endroit où ils peuvent voir un canal, pas de veine!

Il était bien accompagné, armé de Blondinette devant l'attaque viral. Moi, j'étais avec mes filles, inquiet mais conscient que pour la Loutre et mon Koala, le quotidien devait continuer. J'ai fait de mon mieux pour remplacer mon amour. J'ai fait du bon travail mais elle n'est tout simplement pas remplaçable. C'est aussi simple que ça. Elle a un don pour l'amour et l'harmonie dans la maisonnée que je n'ai pas.

Lorsqu'ils sont revenus pendant que moi et ma marmaille écoutions le hockey, j'ai souri à ma blonde. J'avais tout fait pour lui offrir le repos bien mérité. Et mon Héritier qui dormait dans son habit blanc qui lui donnait la forme d'un flocon, les yeux étanches pour éviter les débordements qui avaient eu lieu toute la journée. Il était beau. Calme et beau. La journée avait été difficile et il se reposait, attendant le lendemain, reprenant ses forces pour combattre à nouveau son virus.

Parfois, je me trouve ridicule à travers mes inquiétudes de parent. Et ceux qui luttent contre la maladie toute leur vie? Comment font-ils? Peut-être qu'ils ne font que se rendre jusqu'au soir, une étape à la fois, et qu'ils se couchent pour affronter le lendemain du mieux qu'ils le peuvent.

Et ils se foutent pas mal de savoir ce qu'est un homme. Ils se contentent d'être vivants.

Tiens, ça me va à moi aussi...

17 commentaires:

the other one a dit…

la vie va tellement vite, qu’on oublis les choses les plus importantes, je pense comme toi, que les parents ayant a dealer avec un enfant malade, sont des héros, car a chaque fois qu’ils sont malade, mon coeur se fend. mon petit dernier, aussi un garçon, est le petit bébé a maman, si je pouvais cacher ce "bébé" de 2ans et demi sous mon chandail et le traîner avec moi toute la journée, et lui faire des coucou a travers le trou du chandail.. je le ferais :) reposer vous bien

Drew a dit…

En espérant que tout se replace et que l'héritier retrouve la forme rapidement

Lionne a dit…

L'Héritier a un père merveilleux. Une père qui se questionne, qui se remet en question, qui s'efforce de redécouvrir la VIE pour accompagner sa progéniture de la meilleure manière possible est forcément merveilleux. Et la maman de l'Hériter, de Koala et de Loutre a raison de sourire de toutes ses dents...

Air fou a dit…

J'aime quand tu te poses des questions. Que tu sois une personne. Point. C'est tout le travail du monde, comme de se défaire des stéréotypes.

Ça n'a pas l'air trop grave, heureusement, fort heureusement. Merci la vie! Il a l'air charmant ce petit-là.

Je crois que les parents d'enfnats malades sont oui, des super-héros, qui doivent contenir leur peine au maximum afin de ne pas abimer l'extraodinaire courage de leurs enfants.

Zed

Anonyme a dit…

Quand je trouve le temps long, je me chante le refrain de la chanson Ordinary day de Great Big Sea:

And I say way, it's just an ordinary day
and it's all your state of mind
At the end of the day, you've still got to say,
It's all right.

S'émerveiller de la vie n'est qu'une question de regard sur le monde. La beauté est partout, il faut juste vouloir la voir!

Bon rétablissement à l'héritier et bonne fin de semaine à la famille!

AV

Le professeur masqué a dit…

Tu sais, Ensaignant, tu as le don de m'émouvoir.

Une Peste! a dit…

Enjoy.


xx

Anonyme a dit…

Aucun adulte n'accepte qu'un enfant soit malade!
Cela ne fait pas partie des choses qu'on apprend dans la vie.
Laisse les émotions passer: rien pour se réjouir.

CAtharsis a dit…

J'espère qu'il va mieux l'Héritier. Je t'envoie des pensées positives, j'en reçois tellement ces temps-ci ;)

Tu es un super papa j'en suis sûre.

Joulie a dit…

Devenir parent, vient avec son lot de questions et d'angoisses. C'est merveilleux de pouvoir le gèrer aussi bien que le ton que tu lui as donné au travers tes écrits.

Un beau texte, une belle belle réflexion, encore une fois! ;)

Hortensia a dit…

C'est donc bien beau ce texte-là! :-)
Il faudra que tu le lui fasses lire à l'héritier lorsqu'il sera en âge de l'apprécier.

Jane a dit…

Wow!
Ton billet est beau et sincère. Triste et épeurant.
God que c'est touchant! :))
J'espère que l'Héritier va mieux?

DEMIJOUR a dit…

Un héritier n'a jamais de pression pour guérir... mais les parents oui!

Beaucoup aimé ton billet ;-) belle figure de style.

L'ensaignant a dit…

the other one: tu sais, j'ai déjà essayé de le cacher sous mon chandail mais là, les gens me regardaient de façon vraiment bizarre. ;)

Drew: c'est fait mais le sommeil est tout fucké depuis cette épisode...

Lionne: merveilleux, parfois. Qui se questionne, tout le temps.

Air Fou: contenir leur peine au maximum, tiens, tiens, ça me rappelle quelque chose, ça... ;)

AV: tu m'intrigues avec ta chanson... ça me rappelle celle de Richard Desjardins, "Jenny":

Nos seules vacances c'étaient quand on allait s'coucher

Mais laisse-moi t'dire, ta peau, c'est mieux qu'une plage.

PM: content de le lire, l'ami!

Peste: thank you!

Anonyme: bien compris...

CAtharsis: parfois, souvent, ça dépend des semaines. Et garde-toi un peu de pensées positives, la chum!

Joulie: Merci beaucoup!

Hortensia: lorsqu'il sera en âge de l'apprécier, il sera aussi en âge de me faire chier. Mais je tenterai quand même le coup! ;)

DEMIJOUR: merci beaucoup!

Blondinette a dit…

Les filles et moi, nous trouvons qu'il ressemble à un bébé béluga. Tu ne trouves pas qu'il a la même petite frimousse adorable...¸

merci...

Karel_Jacob a dit…

Une simple invitation...:

Les yeux emplis d'eau, une queue dans la bouche et prise par derrière simultanément, asservie aux humeurs et fantasmes de cet homme qui faisait aisément deux fois son âge. Je fus le fruit non désiré de cette perversité...

Elle brossait mes cheveux affectueusement, les tressait en secret, féminisait mon prénom, elle me couvrait de robes et me décorait de vernis à ongle. J'étais son amie, sa jeune confidente, une poupée parmi celle qu'elle nous offrait.

D’une enjambée, j’étais à la cime d’un arbre pour y faire le guet. J’étais le protecteur privilégié de ce sous-bois qui, je le croyais, servait de frontière entre nous et un monde ou déambulaient des lutins hyper gentils, fragile de par leur taille mais aussi de par le secret de leur existence…

La Shirley a dit…

Merci pour les larmes aux yeux,Merci de bien vouloir apprendre à être papa, en tout lieux,en tout cas et de le dépeindre de façon si tendre ...
Magnifique plaidoyer à l'Amour.
Prompt rétablissement au mignon.