lundi 30 juin 2008

Neuf sarcasmes et une vérité

Bon voyons voir, pourquoi est-ce que je m'en vais faire du camping au Mont Orford toute la semaine?

1) Pour prendre ma douche entre des murs où sont collés des poils qui ne sont pas les miens.

2) Pour faire de la vaisselle toute la semaine.

3) Pour débarquer de la Blondinettemobile le nécessaire à faire à bouffer et ensuite, le rembarquer et recommencer le manège le lendemain.

4) Pour passer 30 minutes par soir à tenter de veiller au coin du feu avec Blondinette jusqu'à temps que Koala nous donne 30 bonnes raisons de rentrer dans la tente avec ses acrobaties anti-dodo.

5) Pour les insectes, c'est bien évident.

6) Pour se faire observer par chaque campeur des environs qui viennent chercher de l'eau près de notre tente.

7) Pour me lever la nuit et aller faire pipi à côté de la tente en espérant qu'un raton-laveur abuseur de campeurs n'est pas là à m'attendre.

8) Pour avoir l'impression de ne pas être propre pour faire dodo même si on vient d'aller prendre notre douche.

9) Pour boire du café tout en mastiquant les grains de café qui se sont trouvé un chemin dans la cafétière.

10) Parce que mes filles comptent les dodos depuis une semaine, que ce sont des moments qu'elles n'oublieront peut-être jamais, que Blondinette adore le camping et tout ce qui vient avec et que je les adore toutes les trois et tout ce qui vient avec, y compris le camping...

Ça doit être le numéro 10.

Bonne semaine à VOUS.

dimanche 29 juin 2008

Une histoire dont Prof Malgré Tout, Prof Masqué et En Saignant sont les héros (2e partie)

-Allez, debout, vite. Nous devons aller nous chercher un costume, cria PMT, de sa même voix douce et sensuelle.

En Saignant se leva et courut jusqu’à la salle de bain afin de remettre les quelques cheveux qui lui restaient hors d’état de nuire. C’est alors que quelque chose le frappa. Il n’y avait pas de trace de Blondinette, Koala ou Loutre dans la maison. Il fut pris de panique. Aussitôt, étant un battant naturel, il s’effondra dans la salle de bain, se roula en petite boule et mit son pouce dans sa bouche. Il tremblait de tous ses membres.

Il resta ainsi de longues minutes jusqu’à ce qu’un lourd battement se fasse entendre sur la porte, le poussant à vieillir d’une vingtaine d’années d’un coup.

-Que fais-tu, bordel, tu crois que notre mission peut attendre toute la journée? Et quel est ce bruit de succion, bordel?

-La toilette est bouchée, voilà tout, répondit En Saignant. Je m’en viens, ne t’en fais pas!

PMT reprit une gorgée et s’effondra sur le divan du salon, ses bottes cowboys salissant le cuir noir. Il fut réveillé par En Saignant qui fut prêt à partir. Ils quittèrent ensemble l’hôpital de l’En Saignant.

Bien installés dans la Saignantmobile, ils roulaient à vive allure sur un boulevard urbain, déjouant le trafic avec de brusques coups de roue à gauche et à droite.

-Au fait, où va-t-on, s’inquiéta En Saignant.

-Je te l’ai dit, bordel, nous allons nous chercher un costume. Je crois sincèrement qu’il est temps que nous devenions de véritables super-héros. Bordel, il faut vraiment tout t’expliquer…

-O.K., mais où va-t-on?

-Bien, j’ai pensé que de véritables super-héros doivent se vêtir d’une matière extensible et virile, un peu comme Batman. Je connais un endroit, tenu par une connaissance, où nous pourrons trouver tout ce que nous avons besoin.

En Saignant douta quelque peu mais il n’avait pas le choix de faire confiance à son confrère. Il n’était pas le leader de ce groupe, même si cela ne lui plaisait pas. Il se mit à rêver d’un habit en cuir blanc avec des gouttes de sang dessinées un peu partout. Peut-être un stéthoscope accroché au cou. Une voix d’artiste déçu et déchu le tira de ses rêveries.

-C’est ici, tu peux te garer à droite!

Il regarda autour de lui, cherchant un Dimitri ou Le Royaume du Cuir mais tout ce qu’il put apercevoir fut un magasin à l’air louche qui s’appelait « L’Univers Sensuel de Gooba ». Dans les vitrines s’enlignaient les mannequins portant des porte-jarretelles et des habits de cuir moulant les corps blancs.

-Nan, tu n’es pas sérieux, dit En Saignant.

-Bordel, je te semble disponible pour les blagues, moi? Bordel de bordel, allez, entre et ferme-là!

En Saignant baissa la tête, prit une petite têtée de son pouce et suivit PMT dans la boutique. Un monde complètement inconnu s’ouvrait à lui et ses yeux se firent ronds comme des huards. Devant eux s’étalaient la plus grande collection de produits érotiques qu’il n’ait jamais vus. Des rangées et des rangées pleines de godemichés, de vibrateurs, de choses dont il ne connaissait même pas le nom. Toutes les perversions sexuelles de l’être humain réunies dans un même endroit.

-Bordel, chuchota En Saignant.

-Quoi? Ai-je bien compris ce que je crois avoir compris?

-Quoi? Qu’est-ce que tu penses avoir compris, demanda En Saignant.

-Bordel!

-Bordel, quoi? Je ne comprends pas, affirma En Saignant.

-Tu as dit bordel? Tu l’as vraiment dit?

-Dis quoi? Essaie d’être plus clair, demanda En Saignant.

-Tu as dit bordel et ce patois m’appartient. Il est relié à mes super-pouvoirs. Essaie de te trouver autre chose, bordel, affirma PMT.

En Saignant secoua la tête, découragé par l’attitude égoïste et chiante de son compagnon. Ils traversèrent le magasin vers les rayons du cuir situés tout à l’arrière. Il ne pouvait s’empêcher de regarder tout ce qui se trouvait sur les tablettes.

-C’est quoi ça, s’interrogea t’il devant une forme phallique cousue après une ceinture de cuir.

-Tu ne connais pas les strap-ons?

-Les quoi? Pourquoi en mettre un deuxième après une ceinture quand on en a déjà un? En font-ils pour les femmes? Une ceinture de soie avec un vagin?

PMT soupira. Il sentait que l’innocence d’En Saignant sur les sujets délicats commençait à lui peser.

-Regarde, c’est pour attacher à la ceinture, le godemiché vers l’arrière. Ainsi, lorsque tu regardes ton ombre le soir en te tenant de côté, ça fait comme une croix à l’envers, lui expliqua t’il d’une voix insensible.

-Ah! Et pourrais-tu m’expliquer à quoi et surtout, à qui ça sert des imitations de pénis aussi grosses?

-C’est pour les éléphants. Eux-aussi ont droit d’avoir du plaisir… répondit PMT, sans même le regarder.

-Oh, répondit En Saignant, qui avait toujours pris la défense des animaux très à cœur.

Ils arrivèrent devant les rayons du cuir et y furent accueillis par un visage familier, qu’ils avaient vue la dernière fois en cour, devant un juge.

-Tiens, tiens, regardez-moi donc qui vient faire un tour chez moi, leur dit Gooba d’une voix coquine.

-Salut Goob! Nous sommes venus nous trouver un costume pour une mission de la plus haute importance. Pourrais-tu nous aider à nous trouver quelque chose qui serait à la fois viril et extensible, demanda PMT.

Gooba se souvint des évènements d’il n’y a pas si longtemps. Tous les tracas que ces deux là avaient posés à sa vie et sa famille et sourit.

-Mais bien sûr, les super-héros. Comptez sur moi, vous ne serez pas déçus! Venez dans l’arrière-boutique, leur dit-elle, d’une voix faussement compréhensive.

PMT la suivit accompagné d’En Saignant qui naïvement, espérait vraiment avoir son habit blanc et rouge. C’était certain, il ferait craquer des cœurs.

Ils en sortirent quelques heures plus tard et se regardèrent dans le miroir. PMT fut le premier à apercevoir son déguisement. Il avait fier allure avec son habit de cuir fidèlement ajusté à son corps avec des fermetures-éclairs assurant l’aération nécessaire à des endroits stratégiques de son corps. Il s’imaginait déjà jouant de la guitare devant une foule en délire mais revint rapidement à des pensées plus sérieuses lorsqu’il aperçut En Saignant sortir de la cabine.
Il était vêtu d’une veste de cuir, d’une casquette en cuir et de chaînes pendant un peu partout autour de lui. On aurait dit le motard de Village People. Le suivait Gooba, un énorme sourire accroché aux lèvres.

-Voilà, je crois que vous êtes prêts à sauver votre ami maintenant, dit-elle, leur indiquant la porte de la sortie.

-Mais, on te doit bien quelque chose pour toute cette peau de vache, dit En Saignant, sous le regard plein de hargne de PMT.

-Non, ça va. Tout le plaisir a été pour moi, dit-elle, le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

Les deux comparses quittèrent la boutique avec fière allure. Enfin super-héros, ils partaient enfin en mission. Retrouver Prof Masqué et surtout, l’aider lui à retrouver sa motivation les inspiraient. Dorénavant, aucune fuite était possible. Enfin, presque…

-J’ai un peu faim, chuchota En Saignant. Juste avant de se rendre chez PM, pourquoi ne pas arrêter au…

OÙ IRONT NOS DEUX CUIRÉS?


A)MCDONALD’S
B)SUSHI SHOP
C)MARCHÉ ATWATER
D)DIRECTEMENT CHEZ PROF MASQUÉ, ILS TROUVERONT BIEN QUELQUE CHOSE LÀ-BAS...

Allez, aux urnes, citoyens et citoyennes.

samedi 28 juin 2008

Une histoire dont Prof Malgré Tout, Prof Masqué et En Saignant sont les héros (1ère partie)

Il aurait souhaité son réveil au son d'une mandoline ou encore aux sons de la bouche de Blondinette ou même les chatouillis de son petit zoo mais il n'en fut pas ainsi. Ce fut plutôt une odeur nauséabonde qui était la cause de sa fuite du pays des rêves. Une odeur qui lui rappellait étrangement l'humiliation et la perte d'estime de soi. Une odeur de scotch cheap acheté chez les Mohawks mais qui, pour les yeux des profanes, avait quand même l'air d'un scotch chic.

-Allez, bordel, réveille-toi, j'ai envie de ma têtée! entendit-il crier près de lui.

Après avoir prudemment vérifié à tâton si ses mamelons étaient visibles, il ouvrit les yeux et découvrit un nez à une dangeureuse proximité de son visage.

-Hey, recule... dit-il à son propriétaire.

-Bordel, tu n'aurais pas dit cela durant l'année scolaire, bordel. Tu me déçois, tu me déçois toujours de toute façon.

Décevoir, il ne faisait que cela avec lui. Jamais satisfait, Prof Malgré Tout était un être qui traînait un aura sombre autour de lui.

-Bon, écoute. Je suis venu te chercher ce matin car nous avons une mission de la plus grande importance à réaliser aujourd'hui, annonça PMT avec le plus grand sérieux dans la voix. Il avait même déposé sa bouteille afin de bien marquer tout le sérieux de l'affaire.

-Vas-y, je t'écoute, dit En Saignant en s'essuyant le coin des yeux pour être bien sûr de voir à quoi il voulait en venir.

PMT se racla la gorge, se frotta le ventre et se gratta les fesses.

-Tu as entendu parler du Professeur Masqué dernièrement? demanda t'il.

En Saignant réfléchit quelques instants, eut mal à la tête et répondit:

-Non, en effet. Ces derniers billets sont un peu bizarres. Il a délaissé les thèses sur l'enseignement pour de la prose, pas mauvaise du tout en passant.

-Pffftttt... de la merde. Bordel de merde, je dirais même! s'écria PMT, avant d'enfiler une gorgée d'alcool.

En Saignant fut pris d'un fou rire.

-Quoi? Bordel, quoi? cria à nouveau PMT.

-Rien, je pensais juste à un jeu de mots dont notre patronne Zed aurait été fière...

-Quoi? Quoi?

-Il a laissé les thèses pour la prose. Il fait maintenant dans la prothèse, dit-il en s'esclaffant.

PMT haussa les épaules, se balança le bassin et se replaca les testicules. Il reprit la parole, faisant semblant de ne pas avoir entendu de jeux de mots douteux.

-Bon, Zed a téléphoné tard hier soir. Il semblerait que notre confrère ait un peu le moral bas ces temps-ci, il ne répond plus à ses commentaires sur son blogue et elle dit que nous devons faire quelque chose...

En Saignant se prit le menton, essuya ses commissures de lèvres et joua un peu de guitare.

-Tu as raison, mais quoi? lui demanda t'il.

-Je crois que j'ai une idée mais pour la réaliser, nous devrons d'abord aller faire quelques achats aussitôt que le magasin ouvre ses portes.

De quel magasin s'agit-il?

A) Une animalerie tenue par une blogueuse
B) Un magasin d'instruments de musique tenue par un blogueur
C) Un sex-shop tenu par une blogueuse

Allez, aux urnes, citoyens et citoyennes!

vendredi 27 juin 2008

Une histoire dont Prof Malgré Tout, Prof Masqué et En Saignant sont les héros

J'ai le goût de vous faire participer pour les prochaines "Tumultueuses Aventures de Prof Malgré Tout, Professeur Masqué et En Saignant". Si le coeur vous en dit, on fait cela à la façon des "histoires dont vous êtes le héros", toujours à un rythme estival. Si je vois que ça ne "pogne" pas, on "scrappe" le tout et on fait autre chose.

Donc, pour un peu moins de vingt-quatre heures, je vous offre les choix suivants, un de ceux-ci sera l'idée de base du scénario.

Choix A: Prof Malgré Tout est emprisonné dans sa maison à cause de ses nouvelles obligations parentales et Prof Masqué et En Saignant tentent de l'en faire sortir.

Choix B: Prof Masqué vit une déprime pas possible et ses deux comparses essaient de l'attirer dans une quête aussi bidon qu'inutile pour le distraire.

Choix C: Prof Malgré Tout utilise ses pouvoirs pour traîner à leur insu les deux autres dans un Yullblog.

Choix D: N'importe laquelle de vos idées que je jugerai supérieure à une des miennes (et ça ne devrait pas être difficile ce soir...)

Allez, aux urnes, citoyens et citoyennes du virtuel!

jeudi 26 juin 2008

Billet fléché

Juste parce que ça fait du bien de se rappeller qu'on a aussi le droit, comme peuple, de riposter plutôt que de tendre l'autre joue comme on l'a montré à nos parents...



One of these days, ils vont se faire passer tout un Québec...

lundi 23 juin 2008

Starmania: revu et corrigé

Chaque classique a besoin d'être revisité une fois de temps en temps. Même les plus grands classiques. Les remettre à la sauce du jour n'est-il pas un grand service à rendre à leurs auteurs? Alors, voilà, Mr. Plamondon, juste pour vous...

HIER, J'ÉTAIS STONE

J'ai la tête qui éclate

J'voudrais seulement vomir



M'étendre sur l'asphalte


Et me laisser pourrir


Stone


Hier, j'étais stone


Je cherchais une Mireille


Ou encore une Sophie


Finalement, voilà Pierre


Qui m'tourne à l'envers


J'ai dormi dans ses bras


Où sont passés mes bas


Où sont passés mes bas?






Vous avez aimé Mr. Plamondon? Bah, vous savez, la vôtre était pas mal non plus... Que pensez-vous de celle-là?




JEAN-GUY


Jean-Guy, il s'appelle Jean-Guy


Je suis folle de lui


Y'a des caleçons pas comme les autres


Mais j'les aime pas, c'est pas d'ma faute


Même si je sais


Qu'il ne les jett'ra jamais


Jean-Guy, il s'appelle Jean-Guy


Je suis folle de lui


La première fois que j'les ai vus


Je les ai jettés dans la rue


J'lui ai seul'ment dit:


"Je pense qu'ils sont finis!"






Ouais, je sais Ti-Luc, des hommages comme celles-ci sont un peu difficiles à prendre, même si vous y êtes habitués. Vous en voulez une dernière?






LES BLUES D'UN NYMPHOMANE


J'aurais voulu être un pénis


Pour pouvoir faire mon numéro


Quand j'me présente à l'improviste


Aux p'tites madames ou à Gino


Je voudrais être un postérieur


Pour qu'on m'caresse et qu'on m'essuie


J'aurais voulu être un "farmer"


Pour "jouer" avec des brebis


Pour "jouer" avec des brebis






Ah, les reprises, les covers, tout ce que le succès peut apporter. Bien sûr, la qualité est douteuse parfois mais lorsqu'on est assis sur une si grande oeuvre, il est un peu normal que les fesses nous piquent parfois, non?






Excusez-les.

vendredi 20 juin 2008

Une histoire pour eux

Voici l'intégral du texte que j'ai lu à mes finissants cet après-midi.

Laissez-moi vous raconter une histoire, une dernière histoire. C’est l’histoire d’un jardinier bedonant, avec les cheveux qui quittaient sa tête vers des terres plus accueillantes. Ouais, un jardinier qui croyait que tous les animaux, les petits comme les gros, les doux comme les féroces, faisaient le son de l’écureuil.

Un certain mois d’août, des habitants du coin, ayant entendu parler de ses talents de botanistes, lui apportèrent des pousses de fleur enterrées dans des petits pots individuels. Vingt-trois en tout. Tout ce que le jardinier voyait, c’était la terre mais il devinait les fleurs en devenir qui s’y cachaient. Il les imaginait grandes, multicolores et aux odeurs variées.

Durant un mois entier, il les arrosa à chaque matin tout en leur parlant. Et il parlait, et il se répétait, et il les ennuyait parfois. Mais elles ne disaient rien, l’écoutant parfois ou encore entraient encore un peu profondément dans la terre, se décidant à attendre un peu plus longtemps avant de sortir.

Les premières à sortir furent trois petites fleurs rebelles, magnifiques à leur manière. Elles n’étaient pas les plus colorées et ne poussaient jamais dans la bonne direction mais il était bien décidé à leur apprendre les rudiments de la vie. Il les appela Baboune, 50-livres-de-nerfs et G... Il les aima du mieux qu’il put.

Puis, ce fut au tour de trois fleurs un peu bizarres de se pointer le bout du nez. Elles lui jouaient constamment des tours, se montrant une pétale puis la recachant. Et lorsqu’elles sortirent finalement, elles lui parurent imprévisibles. Parfois, elles le faisaient sourire, d’autre fois, elles l’enrageait. Il les nomma G..., Charmeur d'Abeilles et Celui qui le perdra. Il les aima du mieux qu’il put.

Un matin, alors qu’il ne les attendait plus, un vent puissant se leva dans le champ où il gardait les pots. Aussitôt, sept fleurs se levèrent et dansèrent d’une façon telle qu’il n’en avait jamais vue. Lorsqu’il ne ventait pas, il passait ses journées à les observer et eux, le regardaient avec le sourire le plus doux. Il les nomma K..., Visage Pâle et toutes ses africaines. Il les aima du mieux qu’il put.

Plusieurs semaines passèrent avant que d’autres fleurs se montrent le bout du nez. Pourtant, il les entendait car elles faisaient beaucoup de bruit dans la terre où elles avaient été plantées. On aurait juré qu’elles parlaient. Enfin, elles ne parlaient pas mais jacassaient sans arrêt. Mais leurs discussions le passionnaient et il restait là à les écouter parler, parler et parler, avec une grande hâte de voir de quoi elles avaient l’air. Finalement, il les découvrit. Elles étaient belles et avaient poussé dans une terre d’une qualité incroyable. Il les nomma Fille Probophobique, X..., S... et Celle qui a failli la perdre. Il les aima du mieux qu’il put.

Il ne lui restait plus que six pots et il se demanda si il saurait s’y prendre pour les faire pousser. Les deux premiers pots contenaient deux pousses de fleurs qui lui étaient inconnues. Jamais il n’en avait vue de cette espèce. Elles étaient différentes de tout ce qu’il avait jamais connu. Il ne les comprennait pas toujours mais il en prit soin, tentant de deviner ce dont elles avaient besoin. Il essaya, même si ce travail ammenait bien des frustrations chez lui. Ce n’était pas qu’elles n’étaient pas belles, loin de là. Avec leurs couleurs qu’elles seulent possédaient. Il les appela F... et N... Il les aima du mieux qu’il put.

Les quatre dernières finirent par éclore mais la saison était déjà très avancée. Il savait qu’elles étaient en terre mais avait aussi compris qu’elles sortiraient lorsqu’elles en auraient envie, tellement elles étaient timides. Et un beau matin, il les apperçut. Deux étaient originaire de l’orient et se ressemblaient beaucoup. Il les nomma P... et M.... Les deux autres étaient magnifiques mais ne semblaient pas avoir besoin de lui autant que d’autres. Il les appella O...et B.... Il les aima du mieux qu’il put.

Il passa ses journées auprès d’elles à les observer et les admirer. L’année passa très rapidement et il s’assurait qu’elles poussent bien droit et que leurs connaissances de la vie en soit telle qu’une journée de juin, il puisse les sortir de leurs pots et les ammener en forêt. Il y eut bien des tempêtes et quelques orages.

Parfois, le jardinier perdait patience avec certaines d’entre elles car elles refusaient de suivre ses directives. Alors, certaines le boudaient durant quelques heures ou quelques jours, ne comprenant pas que c’était l’amour qui était en arrière de chaque geste. Peut-être ne l’avait-il pas assez dit, tout simplement. Ou peut-être qu’elles ne l’avaient pas cru, allez savoir.

L’été arrivait à grands pas et il savait, à la vue de tous petits détails, qu’il allait bientôt devoir aller en forêt. Mais il n’osait pas trop y penser. Certes, se lever plus tard le matin et s’occuper de son magnifique jardin bien à lui lui souriait mais en même temps, il savait que son champ ne serait plus jamais le même sans elles. Et pourtant, il savait qu’il n’avait pas le choix. La suite de leurs histoires devait se passer dans la nature sauvage.

En fin d’après-midi, il transporta les fleurs dans son camion et parcourut les derniers kilomètres à pas de tortue, afin de faire le plein d’elles une dernières fois. Elles dansaient, elles parlaient, elles le faisaient rire, comprenant que la fin approchait. Et lui, ayant cessé de parler, les regardait et les écoutait, réalisant toute la chance qu’il avait eu de les avoir dans sa vie ces dix derniers mois. Puis, il les enleva de leurs pots, une à une, les regardant une dernière fois, leur glissant un “je t’aime” à l’oreille. Il savait qu’il avait fait son travail. Certaines refusaient de pousser droit, même après tout ce temps, mais leurs racines étaient solides. Il n’avait plus rien à leur apprendre et il devait récupérer les pots afin d’y installer de nouvelles pousses l’automne suivant.

Il les quitta doucement, comme la brise légère qui les enveloppait. Sur le chemin du retour, leurs voix, leurs silences, leurs pas de danse, leurs différences, leur timidité lui manquaient déjà. Puis il comprit et su qu’elles aussi, avaient compris.

Ces fleurs avaient grandi
Il les avait nourri
Leur histoire est finie
Mais ils étaient tous unis

JE VOUS AIME ET N’OUBLIEZ JAMAIS DE POUSSER DROIT

Me suis-je rendu jusqu'au bout sans pleurer? Nan... Ai-je dû les poussser pour qu'ils sortent de l'école? Siiiiiii... Est-ce que je m'ennuies d'eux ce soir? Siiiiiiii..... Est-ce qu'ils me manqueront dans un mois? Nan... Je dois bien balayer mon coeur pour ceux qui s'en viennent....