mercredi 22 février 2017

COUCOU

J'ai toujours détesté ce mot. 

COUCOU!

Et c'est encore pire quand on met un point d'exclamation après.  Parce que ça fait trop joyeux.  Trop fake-joyeux.  Trop hop-la-vie.  Trop selfie-de-joie-d'être-en-voyage-pis-devant-une-assiette-qui-va-vous-faire-chier-d'être-pognés-dans-votre-ville-de-marde-pendant-que-moi-je-me-prélasse-en-Italie-pour-faire-comme-Josée-Distasio.  Et j'aime mieux la mélancolie.  Donc, je recommence.

COUCOU!?!

Voilà.  Ce que la ponctuation peut changer.  Si les dires de Donald Trump étaient accompagnées de signes de ponctuation visibles, tout serait mieux, non?  Peut-être pas.

Donc, me voilà, dix ans plus tard, de retour au même endroit.  Les tempes grisonnantes sont devenus une perruque grise de mauvaise qualité qui perd ses poils.  Le bedon toujours bien rond, Blondinette toujours au bras, Loutre, Koala et l'Héritier toujours bien accrochés aux jambes.  Chanceux de ne pas être tombé plus souvent.

La réserve d'énergie n'est plus ce qu'elle était auparavant.  Quelques drames se sont bien chargés de la mettre à l'épreuve et en ont volé une bonne partie.  Au début, je croyais que c'était un emprunt.  Deux ans plus tard, je commence à douter.

J'enseigne toujours.  Dans un quartier défavorisé, toujours.  Je m'éloigne de plus en plus de la génération de mes élèves. À 44 ans, j'ai maintenant quatre fois l'âge de certains.  Et je les juge de plus en plus.  Les comprends de moins en moins.  Je suis mûr pour une chaise berçante.  Au moins, le grincement des berceaux cachera la musique qui sort de leurs écouteurs.

Je m'ennuie toujours de Zed, de PMT, de PM, de Gooba et des autres.  Que sont-ils devenus?  J'ai un contact avec certains.  Ils sont beaux, dans la vraie vie, tsé.  Moins edgy que leurs patronus, mais tripant quand même.

Dans le fond, je reponctue (ouais...) de nouveau:

COUCOU...

Trois points de suspension comme une douce mélancolie.  Comme une nostalgie douce-amère de jours pas meilleurs, juste différents.  Une constatation du temps qui passe et qui nous grignote.   C'est pour ça qu'on voit toujours la faucheuse illustrée en un squelette mince et élancé. 

Elle mange nous mange lentement.













lundi 12 janvier 2015

Je triche...

... et je vous écris en les regardant ce matin.  Je peux sentir leurs cerveaux enneigés qui peinent à se réveiller.  Certains observent chacun de mes gestes, attendant que je débute mais moi-même, j'ai janvier à travers la gorge, déjà.

Je suis fatigué et je ne peux pas fermer la porte de mon bureau ou m'attarder des minutes de plus à la machine à café.

Et surtout, il y a ces odeurs de Blondinette, de la Loutre, du Koala et de l’Héritier qui  ne me quitte pas, qui ne veulent pas s’enlever malgré le quotidien qui tape du pied pour reprendre sa place.

Je suis un clown grassement payé pour instruire vos enfants et mon spectacle commence.

Maintenant.


vendredi 9 janvier 2015

Des bêtes et du fluide


On sous-estime souvent la hargne des élèves de maternelles.  Ils aiment mordre, crier, frapper... Ils me font peur.

Ils devraient avoir leur Docu-D.
***
AVERTISSEMENT:  Les images qui suivent pourraient ne pas convenir à certains téléspectateurs, surtout des profs du préscolaire qui y verront une représentation exagérée et pas du tout réaliste de leur quotidien.

Observons maintenant nos deux spécimens qui s'approchent l'un de l'autre, hésitants. 
Mario, parce que les noms pas trop hots des années 70 reviennent à la mode, est un jeune de la "Tribu des Baveux".  C'est à dire qu'en plus de frapper, crier et mordre comme les autres tribus, il bave.  En faits, il bave tellement que ça glisse.  
Et puis, il  y a Wilfrid.  Lui, il est de la tribu des yeux longs.  "Yeux longs" comme dans yeux bridés, mais à l'envers.  Dans le fond, appelons-le "Yeux fatigués", ce sera plus facile à imaginer...

On voit les yeux de Mario qui ont aperçu un camion gisant seul au fond de la classe.  Wilfrid l'a aussi aperçu.  Puis, Mario a aperçu Wilfrid et Wilfrid a aperçu Mario.  Il y a aussi Noémie qui a aperçu Mario mais elle n'a pas aperçu Wilfrid qui est caché par une bibliothèque sur roulettes.  Mais ne vous attachez pas trop vite, elle n'a rien à voir dans l'histoire.

Donc, Wilfrid et Mario sont immobiles et se regardent d'un oeil, regardent le camion de l'autre, et se grattent à de drôles d'endroits comme seuls des enfants de cinq ans savent le faire.  

Ils s'étudient.  Mario bave, Wilfrid grogne.  Le petit Samuel regarde l'action, un Ficello à la main.  Un Ficello rendu tout bleu parce que Samuel a fait de la peinture avant de manger son Ficello.  

Je n'aime plus les Ficello depuis mon stage en maternelle.

Il y a un rapprochement.  Mario s'avance rapidement vers Wilfrid pour l'empêcher de lui même s'avancer vers le camion.  Mais il n'a pas vu l'enseignante Manon s'avancer elle-même vers lui.  Et il ne la verra pas avant de frapper Wilfrid car cette dernière s'étend de tout son long dans la mer de liquide organique dont Wilfrid a généreusement saupoudré le plancher de la classe.

Ce qui s'en suit est une scène typique de maternelle.  Il y a des cris, beaucoup de larmes, un peu de sécrétions.  Je vous épargne les détails.
***
Je change de "canal".  Les bêtes sauvages me font peur...

mercredi 7 janvier 2015

Je suis Charlie

Ce matin, je me souviens de J.  Toute jolie, toute souriante.  Un jour, elle vient à mon bureau.

-Je peux te parler, Ensaignant?

Je l'ai écouté du mieux que je le pouvais à cet époque.  Mais dans ce temps-là, j'émettais plus que je recevais.

-Les gars de la classe, ils ont écrit que j'étais une bitch pis une pute sur les bandes de la patinoire pis ça m'écoeure.

Sur l'heure du midi, j'ai été faire un tour sur la patinoire située juste derrière l'école et j'ai vu les mots des gars,  les maux de J.

L'intervention a été courte et efficace.

Le lendemain, je retrouve J. en larme à son bureau durant la récréation.  De nouveau, je me la ferme et j'écoute.

-Les gars me traitent de snitch...

Et elle n'a plus souri pendant longtemps.

Encore aujourd'hui, je ne comprends pas cette façon de penser.  Peut-être parce que parmi la pleiade de défauts que je possède, la méchanceté n'en fait pas partie.  Peut-être parce que je crois que les victimes ont le droit de parler, tout comme les agresseurs ont le droit.

Je suis un has-been.  Peut-être même un never-been.

J'écoute les infos de ce matin et je pense à J.  Elle était un peu Charlie.  Je le suis aussi.  Vous l'êtes aussi, si il y a autre chose que de l'absence par ici.

Et notre gueule, même si c'est moins souvent, moins longtemps, elle va rester bien ouverte.


lundi 23 juin 2014

Juin

Je n'ai jamais aimé les départs.  Je crois que je n'aime pas que les choses changent, tout simplement.  Je fais partie de ces êtres insécures qui peinent à s'adapter à leur milieu.  Ils ont besoin que tout y soit classé, bien étiqueté.  Et alors, ils peuvent s' épanouir.  Puis, quand un départ survient, c'est comme un grand coup de vent qui vient tout foutre en l'air.  Et plus la personne qui part est importante, plus le vent est violent.  Et des étiquettes, ça ne résiste pas très longtemps à l'ouragan qui s' annonce.


Cette semaine, c'est un peu ma demi-soeur que je perds.  Celle du divan.  Celle des fous rires.  Celle des blagues salées et des taquineries.  Celle des jeudredis, sortes de préliminaires aux weekends où tout est permis.  Je perds aussi une paire d'oreilles comme il s' en fait peu.  Des oreilles qui ne jugent pas.  Des oreilles réconfortantes, qui accueillent les confidences avec un sourire plein de compassion.  Cette compassion qui grandit en nous lorsque bien arrosée par une magnifique sensibilité.

Et ce regard noisette toujours dirigé vers des idéaux,  vers du mieux, vers du plus loin.  Et qu'arrive-t'il quand on ne voit plus assez loin?  On regarde ailleurs.  Et on s' y dirige.

Je perds gros comme ça.  L'école,  encore plus.

À bientôt l'amie.  Ça fait moins mal qu'un adieu.



samedi 16 novembre 2013

Le bonheur à 6$

Sortie à l'opéra pour aller voir Falstaff.  Il arrive, fier dans sa chemise rose trop grande pour lui et une immense cravate grise au cou.

-Regarde Ensaignant, ça m'a coûté six piastres pour les trois morceaux!  Ça coûte pu cher maintenant se mettre chic!

Je l'ai complimenté.  Il a rentré sa chemise dans son pantalon et à serrer un peu sa cravate.

Puis je suis retourné à ma page web qui annonçait des spéciaux pour des systèmes de cinéma-maison.

mercredi 23 octobre 2013

Pourquoi enseigner? (notes éparses)


-L'enseignant, mon fils me dit que vous lui avez enlevé son lecteur de MP3.  Pouvez-vous lui remettre s.v.p.?
-Je vais lui remettre mais à la fin de la semaine seulement, comme convenu avec lui.
-C'est qu'il ne peut s'endormir le soir sans écouter sa musique.
-...

Pis après ça, on s'étonne qu'il ne garde pas le silence lors des périodes de lecture.  "Le silence tue", doit-il se dire.

***

On nous demande à nous, les profs, de faire tout ce que les parents n'ont pas le temps de faire à la maison.  Et du temps, il en manque partout dans les familles.  On doit les former comme futurs gardiens, les amener en sorties, leur montrer comment on fait un bébé et surtout, comment on n'en fait pas, leur montrer à prendre les bonnes décisions (il existe un tas de programmes là-dessus, c'est suprenant!), à se tasser lorsqu'on croise une personne âgée sur le trottoir afin qu'elle n'ait pas besoin de grimper la clôture pour ne pas se faire piétiner, à ouvrir son cadenas au secondaire (le stress passé par tous les intervenants du passage primaire-secondaire, c'en est pathétique)...

En plus de...

Les avertir quand mettre du déo, comment ne pas mettre trop de Axe, comment manger proprement, comment pisser dans la bol...

En plus de...

Toutes les affaires scolaires, quand il nous reste du temps.

***

-L'enseignant, mon fils n'a pu faire ses devoirs hier soir car nous sommes revenus tard de chez sa tante.
-Votre soeur?
-Bien non, sa tante.
-La soeur de son père?
-Non, sa tante à lui.  
-...

Essayer de comprendre les familles d'aujourd'hui et leur constitution, c'est plus compliqué que d'apprendre les lois régissant les états américains.

***
  Le plus beau, là-dedans, c'est qu'on ne peut pas se plaindre.  Je dis depuis longtemps que nos conditions de travail sont trop généreuses.  Et là, je sais que j'embarque sur un terrain glissant.  Mais ne vous en faites pas, je porte un casque.  Plus pour me protéger des coups sur la tête donnés par les autres profs que par peur de glisser cependant.

Les 7 où l'on ne travaille pas sont perçues ainsi, selon le prof et sa résiliance:
  • 7 semaines de vacances
  • 7 semaines de mise à pied forcées (on n'a pas de 4%, non?)
  • 2 semaines de convalescence et 5 semaines de vacances (on est les seuls à rusher au travail au 21e siècle)

On devrait apprécier chacune de ces journées, avec l'interdiction formelle de faire l'un de ces trucs-là:
  • Revenir en septembre et se plaindre de la température (peut-être penser un peu plus à ceux qui ont seulement 2 semaines et qui ont eu autant de marde que nous sur la tête).
  • Se plaindre en chorale le 22 août au soir et faire chier nos "amis" Facebook qui eux, on encore une fois eu 2 semaines de vacances.
  • Arrêter de se plaindre que les pubs du début août nous rappellent notre retour prochain au travail (qui sera fait trois semaines plus tard, soit une semaine de plus que ceux qui, toujours, n'ont que deux semaines de vacances) .
Et je pourrais en rajouter.

Mais l'essentiel auquel je veux en venir, à travers mes multiples parenthèses, c'est que si nos conditions de travail étaient un peu moins intéressantes, ces deux trucs-là se produiraient:
  • Les gens arrêteraient de nous envier et commenceraient à respecter les exigences de notre travail et ce, même devant leurs enfants.
  • La rapace qui nuit à notre réputation (lire: les profs qui n'ont aucune aptitude en gestion de classe, aucun instinct de pédagogue ET aucun charisme) se sauverait du métier au lieu d'attendre leur 70% de pension.
***

- C'est normal qu'il n'aime pas l'école.  Je n'ai jamais aimé ça moi non plus!
-Et vous lui avez dit?
-Bien certain!  Il faut être honnête avec nos enfants!
-Vous lui dites, parfois, que vos journées sont longues en pyjama?
-...

Celle-là, elle vient de ma tête.  Mais ça fait du bien...

***
Pourquoi enseigner?  Parce que j'aime ça encore.  Est-ce que j'adore ça, comme avant?  Non.  Un peu comme un vieux couple.  Un amour tranquille dans lequel se pointent parfois quelques printemps.

Un peu comme un blogue, à bien y penser. ;-)

mercredi 16 octobre 2013

La quarantaine

On pense qu'on vieillit un peu chaque jour mais c'est faux.  On vieillit par bourrées.  Des coups de vent qui nous rappellent que le temps vient de faire un bond.

Je faisais ma tournée des vins annuelle récemment.  J'arrive devant une jeune fille pas trop belle, pas trop moche, your average girl.  Elle me sourit.  Elle vend du fromage.  J'aime le fromage.

-Si vous voulez l'essayer, on a le fromage en grain, le fromage au basilic et le fromage au romarin.

Je saisis l'occasion.  Blondinette est à côté de moi mais sait que j'aime bien faire rire les gens.  Les charmer un tout petit peu.  Pas comme dans "je-te-charme-et-on-fait-l'amour".  Plutôt comme dans "je-te-charme-et-je-suis-quelqu'un".  Long à expliquer, même pour un mercredi matin.

Donc, roulements de tambour....

-Du fromage au romarin?

Elle me regarde, les sourcils légèrement froncés.

-Mais oui, le romarin, l'épice...

Êtes-vous prêts à apprendre du maître?  Voici:

-Ah, l'épice.  Je pensais rat marin, le rongeur.

C'est là, drette là que j'ai vieilli.  J'aimerais vous dire qu'elle m'a regardé en me souriant, sous le charme de ma vivacité d'esprit mais non.  Elle m'a regardé, sèchement.

-On me la fait toujours, celle-là.

C'est ça, la quarantaine.  De "Blagueur Brillant", tu passes à "Mononcle pis ses Jokes".  Tu passes de baisable potentiel à gentil quadragénaire.

Mais c'est pas grave, pas à en faire une crise en tout cas.

Et de toute façon, elle mentait.  Je suis certain que c'était la première fois qu'elle l'entendait.

Jeune poule écervelée!

jeudi 10 octobre 2013

Post sans réaction

Ce matin, Jeune Élève Parfaite me tend un journal plié en deux.

-Tiens, c'est pour toi.  Ça parle de massage suédois.

J'ouvre le quotidien gratuit.  La première page s'intitule:  "Massages érotiques: services illicites remboursés".

Ah ben coudonc...

lundi 7 octobre 2013

Le Petit

Je ne l'avais pas vu au début.  Tous mes grands de sixième année étaient arrivés en classe.  Certains assis, ceux qui très rapidement passeraient inaperçus et puis il y avait ceux qui n'étaient pas à leur place.  Ceux qui ne seraient jamais à leur place.  On surestime toujours l'influence de l'enseignant sur le savoir-vivre des élèves.

Et puis, il y avait lui.  Tout petit.  Les cheveux bleus, le chandail en lambeau mais surtout, tout petit.  C'est ce qui sautait aux yeux en premier.  Je me suis approché.  Pour le voir.  En faisant bien attention de ne pas lui marcher dessus.

-Salut, bienvenue dans ma classe.  Je me nomme Ensaignant et je suis ton prof pour cette année.

J'aurais bien voulu qu'il me réponde mais mon souffle l'avait projeté plus loin tellement il était léger.  À travers le brouhaha des autres, on aurait juré une plume dans une envolée de cailloux.  Je l'ai laissé reprendre son souffle, avaler l'attention que je lui avais donné.  On fait trop facilement d'indigestions quand on est petit comme lui.

Les mois ont passé.  Les devoirs non-faits s'accumulaient, les échecs se répétaient.  À chaque jour, je m'approchais un peu plus.  Lui parlais un peu plus.  Il était mon renard.

On fait souvent la gaffe de parler trop fort près de ces gens-là.  On veut tout savoir tout de suite parce qu'après, on n'aura plus le temps.  Parce qu'après, il sera trop tard.  Vite, vite, un jugement, surtout si c'est différent.  On est des pédagogues, certes, mais on est aussi juge et jury.  Si ça ne rentre pas dans le cadre, c'est que c'est trop... ou forcément, pas assez...

Mais j'ai respecté son rythme.  Pour une fois, j'ai suivi une cadence qui n'était pas la mienne.  Me suis même demandé si ce n'était pas mon propre rythme que je retrouvais.

Quand les premiers flocons sont tombés, il m'a sourit pour une première fois.  J'ai fait un pas vers lui, voyant une ouverture mais son sourire a disparu aussitôt.

En revenant des vacances de Noël, il faisait partie du groupe qui s'était précipité vers moi, heureux de me retrouver dans la cour d'école.  Il se tenait un peu en arrière mais il était avec eux.

À Pâques, juste après le deuxième bulletin, il a pleuré.  J'aurais voulu le consoler mais je n'ai pas osé l'approcher.  Je lui ai seulement fait mon plus beau sourire, de loin.  Il n'a pas souri mais je jurerais que ses yeux ont dit merci.

À la remise des diplômes, au dernier jour de classe, il s'est approché timidement quand j'ai nommé son nom.  Du bout des doigts, il a pris le bout de papier que je lui tendais.  Il irait au secondaire, en CPF.  Je n'avais pas le choix.  Les coups de vent sont forts en CPF mais il résistera.  Ou il s'envolera à jamais.

Juste avant de descendre du podium pour aller rejoindre les autres, il s'est retourné et m'a souri, les yeux remplis de larmes.  Je lui ai souri.  J'aurais pu m'approcher et entrer dans sa bulle mais je n'en ai rien fait.  Car entre ses dents, j'étais le seul à pouvoir entendre ces mots qu'il me chuchotait sans parler.

-On s'aime de loin mais on s'aime, non?

Ma gorge s'est nouée.

-Oui, on s'aime.

Même de loin.


jeudi 3 octobre 2013

Tiré du néant

Pourquoi repartir tout ça?  Parce que le silence, je ne connais pas.  Même sans plume dans les mains, les phrases se construisent, les images se dessinent.  Mais elles restent dans ma tête.  Et ça fait un homme distrait à table, qui boit son steak et qui mastique son vin.

-Chéri, à quoi tu penses?  Te souviens-tu que tu as une famille? me demande Blondinette.

Les enfants pleurent de chaque côté de moi.  Je ne l'avais même pas remarqué.  La Loutre fait le même bruit qu'un ballon qui dégonfle lorsqu'elle pleure.  Je n'avais jamais remarqué non plus.  Et c'est cute, d'une étrange façon.

-Je ne pense à rien...  Je suis simplement dans la lune.

L'Héritier est à ma gauche et tripote ses légumes.  Mon Koala d'amour dort la tête renversée, la bouche ouverte.  C'est l'hiver dehors.  François Legault est au pouvoir.  Bon, j'exagère à peine.

-Tu sais, si tu penses encore ton écriture de %!$%, je te jure que je te soude un clavier dans les paumes et que je te rentre la souris dans le ...

-C'est un hamster qu'on rentre là, chérie.  Pas une souris.

-Ta gueule.  T'es vraiment un sale con.

C'est un peu pour ça que je décide de revivre ici.  Pour revivre dehors.

mardi 9 octobre 2012

Le temps qui court

Le temps court plus vite que nous.  Je sais, je lui regarde le dos depuis quelques années.  J'ai beau lui crier de ralentir, de m'attendre, rien ne fonctionne.  Le temps est un entêté.  Et dans sa tête de cochon, toujours le même tic-tac, par beau temps comme par mauvais temps.  Le même tic-tac juste ou injuste pour tous.

Et pourtant, le temps d'une soirée, j'ai réussi l'impossible.  Un restaurant, quatre gars que je tire de force de mon enfance qui m'y attendent.  Une réunion mille fois évitée, des fois que ça ferait mal.  De grands sourires, des rires bruyants, des blagues au goût douteux mais combien réconfortantes.  Et derrière tout ça, derrière tout ce bruit, des yeux contents de se revoir et qui semblent se dire que la vie, dans le fond, c'est peut-être juste ça.  C'est peut-être tout ça.

On n'a pas refait le monde.  Même pas essayé.  De toute façon, on a assez mis de temps à se faire nous-même pour se défaire par la suite, souvent.  Mais quand je les revois, eux qui ne se sont jamais lâchés et qui, le temps d'une soirée, me font croire qu'en quelque part, j'étais toujours avec eux durant ces années folles, nos Années Folles, je me dis que toutes ces peines auront servi à quelque chose.  Et ce genre de pensée, y'a que l'amour pour te le donner.

Le temps a beau courir plus vite que moi, je vous jure, pendant un instant, pendant que mon coeur battait à s'époitriner, je l'ai dépassé.  Et je le referai encore.

jeudi 4 octobre 2012

Incompris dans son temps

Lui est distrait, très distrait.  N'écoute jamais les consignes.   Ne fais jamais rien comme il lui est demandé.  Jamais.  On jurerait qu'il le fait exprès.

MOI:  Coudonc, Tête-en-l'Air, quand ta mère a eu ses contractions, t'es-tu mis à remonter plutôt qu'à descendre?

La réaction du groupe m'a confirmé ce que je redoutais depuis longtemps.  Je suis trop en avance sur mon époque, côté humour.

lundi 24 septembre 2012

Retour à la nature

Deux meilleures amies.  Aussi allumées et intelligentes l'une que l'autre.  Et un sourire gros comme ça ce matin.

-Mr. Saignant, nous sommes allées au chalet en fin de semaine et nous n'avions qu'une seule feuille pour faire nos devoirs...
-... alors, pour ne pas nous chicaner, voici ce que nous avons fait!

Et sur ces mots, ils déposent deux morceaux d'écorces de bouleau sur mon bureau avec, gravé dessus, les réponses d'un devoir de maths et courent à leur place en riant.

Je les aime.  Et en même temps, je suis bien content qu'elles ne soient pas allées à la pêche.

jeudi 20 septembre 2012

Trouble de langage, surdité ou esprit mal tourné

Quand?  La rencontre d'information des parents

Où? Dans la classe de votre humble serviteur

Qui? L'Ensaignant et une maman à la dentition suspecte

Les faits:

Je regarde mon ordre du jour, en ordre et à jour depuis l'heure du souper qui a précédé l'évènement.  Je sue, je parle vite et ma gorge est sèche comme ma grand-mère (!?!).  J'en suis à la présentation, le kisséssa, le chukibataredemarde:

-... et finalement, j'aime écrire, le football, les siestes et toutes les formes d'art..


Rire devant moi, accompagné d'une haleine de cigarette et d'une toux timide, crasseuse et pas sexy du tout.  Je souris de mon sourire jaune d'ancien fumeur.  On est faits pour s'entendre.

-Tu as dit "toutes les femmes m'adorent"?

Je réfléchis.  Je souris poliment.  Je souris souvent.  Et là, ça me frappe.

-"Toutes les formes d'art", pas "Toutes les femmes m'adorent".

Nous rions, complices.

Blondinette, je te jure, ne me laisse jamais seul à la Pointe.  Il y a quelque chose entre moi et ce quartier.

Et vous, des histoires de malaises lors des rencontres de parents, vous en avez?


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mercredi 19 septembre 2012

141 mots

Aujourd'hui, pendant un instant, je n'étais plus prof.  Pendant la réunion, je regardais les bouches s'ouvrir souvent et se fermer parfois tout autour de moi mais je ne les entendais pas.  Les mots étaient transparents, inodores.  Ou alors c'est mes sens qui étaient dérangés.  Ou mon sens de l'horloge qui tournait à l'envers.

Puis, j'ai pensé à ici.  À ce qui a été.  Et surtout, à ce qui n'est plus.  Aux blogs qui se meurent parce que 141 mots, personne n'a le temps de lire ça.  141 mots, c'est la pellicule de film qu'on fait développer au centre de photographie plutôt qu'envoyer ses fichiers chez JC.  C'est nos mains qui caressent les CD de chez HMV plutôt que nos oreilles qui attendent d'être impressionnés par 30 secondes de musique au ITunes Store.

J'ai pensé à mes anciennes relations virtuelles et me suis demandé ce qu'ils devenaient.  J'avais le goût de leur demander s'ils bloggaient encore.  Ils m'auraient demandé si je blaguais.  V'là l'bug.

Les rires résonnent encore ici.  Et puis, il y a cette image de p'tit cul devenu homme accrochée au mur du salon.  À moins que ce soit celle d'un nobody qui fut quelqu'un pour un temps puis qui prit peur.  Parce que c'était trop.

Ce soir, pendant un instant, je n'étais plus chum ou papa.  J'étais redevenu l'Ensaignant.  Encore.

mercredi 18 janvier 2012

La tendresse attendra


Ai passé un beau moment avec Matthieu Simard ces trois dernières soirées. Ma blonde était un peu jalouse. Courez chez votre libraire vous le procurer. Un peu de mots que sur Twitter mais drôlement bien réussi et tout aussi "punché"... ;)

Il m'a redonné le goût d'écrire, l'ost...

jeudi 1 septembre 2011

Les p'tites vites

Je ne suis pas le premier à qui ça arrive. Ces deux dernières années ont été plutôt calmes ici. L'Héritier est venu bouffer les minutes qui me restaient dans mes soirées pour venir me répandre ici, surtout répondre aux commentaires (désolé, Zed!).

***
La rentrée va bon train. Je suis le nouveau délégué syndical de l'école. Troisième journée dans ce poste et une bombe explose dans l'équipe. Engagez-vous qu'y disaient...

***

Un beau groupe de 23 élèves allumés pour faire suite aux deux dernières années de misère me fait le plus grand bien. Reste seulement à me réhabituer à me faire regarder lorsque j'enseigne. Et à justement avoir le goût d'enseigner plus qu'en saigner.

***

PMT qui se fait voler son ampli et son Beatles Complete Scores et qui les retrouve miraculeusement dans le dépôt. S'il m'avait expliqué que ça prenait une guitare électrique pour brancher un ampli, il aurait seulement "égaré" ses partitions, le pauvre.

***

Une autre idée de fou qui fera peut-être du chemin, on ne sait jamais: je suis maintenant sur twitter. 140 caractères est plus réaliste pour satisfaire ma soif d'écriture, même si je suis à la diète. Pseudo: mondeensaignant. On se reparle plus souvent là-bas si ça vous intéresse...

***

Mais on ferme rien ici, hein?

jeudi 25 août 2011

Lu sur Facebook…

“Souviens-toi qu’au régulier, nous avons maintenant des classes d’adaptation scolaire avec des élèves réguliers intégrés”

 

Ouais…

vendredi 12 août 2011

L’été est un réseau social

Dans cette maison, on aime les gens.  Habituellement, on évite les excès, à l’exception de notre famille de Montérégie qui habite la Petite Maison dans Laprairie, histoire de rester socialement agréable.  Deux ermites qui trichent, comme deux végétariens s’envoyant un bon gros steak de temps en temps.  Voilà ce que nous sommes.

Durant les dernières semaines, le végétarisme a pris le bord.  Souper par ici, souper par là.  Tous d’agréables moments passés avec des personnes qui nous sont chères.  Mais pour revenir à l’image du végétarien, disons que le système digestif a besoin d’un bon nettoyage.

Nous partons donc pour notre retraite fermée annuelle avant de recommencer à travailler.  Direction:  Ogunquit. 

Un peu quétaine, mais en format camping, ça nous permet de passer une semaine sur le bord de la mer à peu de frais.  En plus, nous serons complètement dépaysés chez ces voisins du Sud.

Que le bruit des vagues, des oiseaux, de notre tribu qui s’amuse et de Raymond, de Victoriaville, qui s’écriera à quelques pieds de nous:

“Coudonc, Carole, t’as-tu vu l’astie d’crème solaire?”

Comme quoi l’exotisme local nous suit où qu’on aille…

Mais je m’en fous.  Je m’en vais faire le plein de Blondinette qui est toujours aussi belle, de ma Loutre, l’intello de la famille, de mon Koala, notre p’tit clown et de l’Héritier et de son énergie de p’tit homme de deux ans.

On se reparle en septembre, avec plus d’assiduité j’espère bien…